Affichage des articles dont le libellé est Miles Davis. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Miles Davis. Afficher tous les articles

vendredi 24 mars 2017

LOIN DE LA GLACE.








J'ai reçu cette semaine le programme détaillé d'un projet que je mijote depuis peu, un voyage au nord du Vietnam.

Pas en tant que touriste, mais bien plutôt en tant qu'accompagnateur. Voici quelques détails.

Un guide vietnamien francophone se joindra à nous et à nos vélos pour rouler à travers la campagne du nord pendant un mois (mi-octobre à mi-novembre) où la météo est favorable dans ce coin de pays. Les transports entre les différentes villes se feront en autocar, et les vélos seront utilisés pour explorer chaque région visitée.

J'ai regardé des images des coins visités, et c'est à la fois très beau et franchement exotique. Je connais déjà Hanoi pour y avoir séjourné à quelques reprises, mais là, il s'agit plutôt de quitter la capitale après l'avoir parcourue pour se faire plaisir à la campagne. Culture en terrasse, plantations de thé, collines karstiques, nous n'aurons pas l'impression d'être dans les Laurentides...



Je m'attends à une température favorable, ce n'est pas la plus chaude de l'année, ni la plus froide, juste bien, jugez par vous-mêmes:
http://www.holiday-weather.com/mai_chau/averages/



Pour avoir fait du vélo au Vietnam (j'y ai passé au total sept mois), j'ai bien hâte de remonter en selle là-bas. Il y a une différence fondamentale avec l'Occident: lorsqu'on est là-bas, les imprévus sympathiques ne sont pas rares. Sur un vélo, on fait des rencontres, les gens nous saluent, grands et petits, et il y règne souvent une ambiance bon enfant. Car les Vietnamiens ne sont pas dans une bulle, le concept leur semble étranger. Pas surprenant, ils sont très connectés socialement, même si les familles ne sont plus aussi nombreuses qu'autrefois.

Ce sera donc une immersion culturelle, géographique et axée sur le plaisir. L'hôtellerie s'est beaucoup développée depuis vingt-cinq ans, avec une mise à niveau considérable, et la tradition culinaire, ai-je besoin de vous le dire, est pleine de saveurs et de surprises.



J'ai déjà un dépliant virtuel disponible, produit par l'agence de voyage qui chapeaute le projet. On y donne plusieurs détails sur les conditions du voyage, ainsi que le tarif. Faites-moi le savoir si vous souhaitez que je vous l'envoie: paul_velotek@hotmail.com

Il s'agit d'un forfait complet: transport, nourriture, logement, il ne vous reste qu'à apporter vélo et passeport. Et pas beaucoup de vêtements parce que, premièrement, il ne fera pas froid, et deuxièmement, on en trouve là-bas à très bon prix. Je me suis souvent fait faire des vêtements sur mesure sur place, il y a une tradition de tailleurs locaux fiers de leur travail. Choisissez votre tissu, dites-leur ce que vous voulez, et il le feront avant votre départ. Chemises, pantalons, ce que vous voulez.

Le car qui nous suivra permettra d'avoir un répit à ceux qui le souhaitent. Donc, l'aventure, mais sans pression. Vous n'avez pas l'habitude de rouler vite? Rien ne vous y obligera. Et si vous aimez pousser le tempo, libre à vous, la route est là.

Je vous en reparlerai.




Fascinante journée, la semaine dernière, une en particulier.

Trois choses différentes, toutes importantes, ont atteint un point crucial, un point tournant. Des choses majeures qui prennent, ou ont pris beaucoup de place dans ma vie et qui me quittent en tout ou en partie. C'est bien.

La vie évolue, et ce qui me rassure en particulier, c'est de voir qu'au fur et à mesure que certains chapitres se ferment, d'autres s'ouvrent, parfois sans s'être annoncés, ou si peu.

Il y a une part de risque, dans tout ça. Mais c'est tellement important, de prendre des risques. Imaginez votre vie sans risques. Une vie où rien ne change, la zone de confort perpétuelle. Horrible.





La semaine dernière, une de mes lectrices s'est inquiétée de la santé de mon appareil photo, en voyant cette photo. Il est brisé?



Je la comprends. On ne peut pas dire que j'ai ménagé mes prises de vue, ces derniers temps. J'aurais pu leur foutre la paix, vous les montrer telles qu'elles sont arrivées dans ma lentille. Comme si vous y étiez.

J'ai envie d'autre chose. Pour combien de temps, je ne sais pas. Catherine Major disait (et elle le dit probablement encore) Je ne suis pas folle de la réalité. Je la comprends. Miles Davis aurait peut-être dit la même chose. Après tout, être noir aux USA, pas de quoi être fou de la réalité, même lorsqu'on tire son épingle du jeu.

Rapport? Rapport que, le ciel bleu qui est bleu, le fleuve brun-vert qui est brun-vert, la neige blanche qui est blanche et seulement blanche, c'est assez!. Ou plutôt, permettez-moi de chercher jusqu'à ce que ça clique, dans mon esprit un peu tordu, mon esprit qui se nourrit de plaisir, de surprises, d'électricité.


Tempête de neige majeure au Québec, la semaine dernière.


On ne rend pas justice à l'électricité, par les temps qui courent. Pas qu'elle ne nous rende pas service, mais les technologies les plus récentes nous éblouissent tellement qu'on oublie facilement que ce qui supporte tout ce feu d'artifice, l'électricité, cette vieille fée qui a bouleversé notre réalité humaine depuis plus de cent ans. Et pourtant...

Miles en aurait un rayon à dire là-dessus, lui qui a renversé le vaudou, he ran the voodoo down, durant les années soixante, après avoir été envoûté par Bette Davis, sans parler de James Brown, Jimi Hendrix, et autres Sly. Et il l'a dit, avec ses compères, électrifiés de gré ou de force: Fender bass, Fender Rhodes, etc. Un jouet? Amuse-toi, Herbie.



Ce n'était plus du jazz. Ceux qui espéraient plus du même, more of the same, ont été déçus.

Bill Bruford (Adios a la pasada):

You and I exist
Therefore we are becoming
Here we are in this precisely now

How amazing is this life

Say goodbye to the guilt
Leave the past behind


   La tempête est arrivée juste à temps pour les Championnats du Monde de Ski de Fond, qui se tenait dans la Ville de Québec.


Ceux qui avaient des vieilles oreilles ont été laissés sur place. Ils auraient pu les garder sur le qui-vive, et leur permettre de recevoir, de s'amuser des textures, des rythmes, des idées et des surprises.

Mon chemin préféré est celui que je n'ai jamais vu, jamais parcouru. Sous certaines conditions, assurément, mais l'exploration est synonyme de vitalité, à mes yeux. J'aime les jeunes, leur regard neuf, leurs brassages d'idées.



J'ai donc branché mes photos dans le 220. Donné un coup de pied dans la réalité et à sa tyrannie. J'aime ces couleurs exhubérantes, comme les Guatémaltèques qui s'habillent de couleurs vives, expressives. Je parie qu'ils sourient plus souvent que nous, ces enfoirés. Ne me demandez pas exactement ce que ça veut dire, un "enfoiré", ce sont les Français qui utilisent cette expression-là, je trouvais simplement que ça sonnait bien. En fait, c'est probablement plutôt affectueux.

Parce que la couleur, c'est la vie. En plus, on peut la bousculer, l'utiliser, la faire délirer, pourquoi pas?



Bill Bruford et Annette Peacock, quand ils étaient jeunes:



Et, avec un peu de chance, c'est peut-être ce qui pourrait m'aider à rester jeune, comme Juliette, qu'on voit ici trois jours après son anniversaire de 99 ans (et sans aucune retouche):


Elle, je sais que je peux lui faire écouter n'importe quoi. Enfin, non, je ne lui ferais pas perdre son temps avec des inepties, mais elle saura reconnaître la valeur de musiques même lorsqu'elles sont loin de ses habitudes d'écoute. Tout comme elle sait reconnaître l'intérêt des travaux de Darwin et de Einstein. Tout comme je sais reconnaître l'intérêt des conversations que nous avons ensemble.


vendredi 10 octobre 2014

SOIS SANS TEMPS.







Au sud-est de Saint-Édouard-de-Lotbinière, fin septembre 2014.


Parfois la vie, à travers les chiffres, nous fait des clins d'oeil. J'ai eu un bon exemple de ça l'autre jour.

Je suis parti en vélo chercher une commande chez Cycles Lambert, le grossiste, en tirant ma remorque Bob. En descendant la Côte de Sillery, un coup d'oeil rapide sur mon compteur m'indique que je fais 59.X km/h. En bas de la côte, je constate que j'ai atteint 60.0 km/h. C'est la vitesse la plus élevée que j'ai atteinte cette journée-là.

Plutôt banal, j'ai souvent roulé plus vite que ça. Je ne vous raconterais pas ça si ce n'était d'un petit détail: c'était précisément le jour de mon anniversaire et j'ai eu 60.0 ans ce jour-là.

Et mon ami l'oncle Sam (qui n'est pas américain du tout) m'a gentiment remis une carte intitulée:

   SOIS SANS TEMPS!                                            





Patrick O'Grady, du magazine Bicycle Retailer and Industry News, signait sa rubrique habituelle dans le numéro du 1er juillet 2014. En voici quelques lignes. Je n'ai pas fait la traduction pour garder au texte sa saveur originale.

Expensive American-made bicycles are great. I have a few, and I ride the hell out of them.

Inexpensive imported bicycles are great. I have a few, and I ride the hell out of them.

Steel is real. And so is aluminum. Carbon fiber, however, is the work of the Devil.

Integrated shifting is awesome, until it isn't. And then bar-cons are cheap.

Mechanical disc brakies are heavy, ugly and at least as noisy as rim brakes, but will only whiten two knuckles per fist on a steep, loose, single-track descent on a bike you really should be riding elsewhere. 

A triple crankset is like a threesome. You probably don't actually need one, but you'll never know until you try one. Speaking of which, a granny ring should have approximately as many teeth as an actual granny, preferably from Appalachia.



Quelques petits commentaires personnels:


  • L'enfer, le Diable, on voit bien qu'O'Grady est américain, ascendant irlandais. Le Diable n'existe pas. Et s'il existait, on n'aurait pas besoin de lui puisqu'on a déjà les Chinois.
  • Les bar-cons ne sont pas des cons dont on fait la connaissance dans un bar. Les bar-cons sont ces leviers de vitesses qu'on voyait sur les vélos de cyclo-cross en 1982. C'est vrai qu'ils sont moins chers, c'est pour ça qu'ils sont presque disparus. Non, pas vraiment.
  • Venez rouler avec moi le dimanche, dans l'Appalachia, je vous montrerai des endroits où vous serez bien contents d'avoir un troisième plateau (un petit). Vous n'aurez qu'à l'enlever le lundi pour que vos amis ne sachent pas que vous en avez un.
  • Vous savez ce qu'elle a dit la grand-mère (granny) des Beverly Hillbillies lorsqu'elle est arrivée pour la première fois sur l'autoroute à Los Angeles et qu'elle y a vu tout le traffic? ''Ça va être long, faire la connaissance de tout ce monde-là!''








Je vous parlais  récemment des efforts de Cycles Lambert pour offrir des marques-maison attrayantes: EVO et Eclypse (en 2015). J'aime bien les rapports qualité-prix qu'on obtient en achetant ce genre de produit. Ça fait longtemps que j'en vends, mais je suis aussi un utilisateur.

Cette semaine, à la radio de Radio-Canada, on parlait de ces marques que l'on trouve dans toutes sortes de commerces de détail, et de recherches récentes qui ont été faites à leur sujet. On a découvert que plus les gens sont éduqués, et plus ils connaissent le domaine concerné, plus ils ont l'habitude d'acheter ce genre de produits.

Comme le yogourt, ou bien d'autres choses, ces produits sont souvent faits dans les mêmes usines qui fabriquent les marques de premier plan. Ces manufacturiers ne rechignent pas devant une commande qui peut parfois chiffrer pas mal. Dans le cas de Cycles Lambert, ce n'est pas seulement le marché canadien qui est visé, car la compagnie a un lien étroit avec le distributeur américain Hawley.

Un autre exemple, dans le monde du vélo au Canada, c'est la marque Cadence, qui est la marque-maison chez Cycles Marinoni. Leur pneu Pulsion, à 36$, se compare avantageusement avec la compétition, et ça fait plusieurs années que je ne mets rien d'autre sur mon vélo équipé en 700 x 23. Leur tige de selle SP-248 est fabriquée par Kalloy et a été conçue par Tom Ritchey. Elle est un bon exemple de conception intelligente, très esthétique et facile à ajuster. Et bon marché, en plus.

Bien sûr, ce n'est pas dans ces marques qu'il y a le plus de recherche et développement, mais je vis bien avec ça. D'autant plus qu'on y trouve aussi moins de commandites et de publicité.







À vendre, un cadre/fourche d'occasion Falardeau alu-carbone, avec jeu de direction inclus, pour 200$ + taxes. Comme celui sur la photo ci-dessus, avec les pièces en moins et le cadre est d'une autre taille: il sera parfait pour un cycliste autour de 1.78m (5' 10").







Les pesées de la semaine:

Un Schwinn route/course habillé principalement de pièces Ultegra génération 9 vitesses (x2). Le cadre est fait de tubes d'acier Reynolds 853, qui est un tube d'acier haut-de-gamme apparu durant les années '90, lorsque l'acier luttait pour garder sa place dans la production de cadres route/course. On arrivait avec le 853 à faire des cadres moins lourds que les Reynolds traditionnels, comme le 531, ou les tubes italiens de chez Columbus comme le SL. Malgré cela, et aussi à cause d'un équipement assez classique, le poids total du vélo est de 9.9 kilos, avec peu d'accessoires.



Les hybrides sont destinés à un usage plus polyvalent, comme la photo au début de ce message, à l'aise sur l'asphalte comme sur la gravelle. J'en ai fabriqué un la semaine dernière, un Falardeau Alu9, d'une valeur avant taxes de 673$ (accessoires inclus), et son poids total est de 11.6 kilos. Les pneus sont des 700 x 28.


*


Malgré mon âge vénérable, je n'ai pas une vieille oreille. Je n'ai pas besoin que le compositeur soit décédé pour aimer son travail.

Ce qui ne m'empêche pas d'écouter des vieilles musiques, comme cette interprétation d'une chanson de Rodgers and Hart par Miles Davis en 1956. La chanson date de 1940. Beaucoup de gens connaissent le nom du trompettiste, mais son oeuvre s'étend sur plusieurs décennies et il faut y mettre un peu de temps pour bien la connaître. Ce n'est pas une corvée, mais il faut s'attendre à entendre des choses très différentes les unes des autres. Et c'est très bien ainsi, si vous voulez mon humble avis.


lundi 23 décembre 2013

NOUVEAU PARADIGME.



Voilà, je ne manquerai pas de cadres en 2014. Ils sont arrivés, et ont été rapidement retirés du regard public en les installant confortablement dans leur entrepôt.

Sinon, en ce moment, c'est le temps des vacances, en partie en tout cas, car j'en profite justement pour... travailler. Mais sur autre chose, que je ne pourrais pas faire si j'étais à Québec. Et cette pause m'a donné l'occasion d'aller dans une bibliothèque qui m'a mis entre les mains un livre qui m'a interpellé dès que je l'ai vu sur les tablettes.


Mais avant de vous parler du livre, j’aimerais mentionner le fait que, indépendamment du sujet et de votre intérêt, ou absence d’intérêt pour ce sujet,  qu’il aborde des questions qui touchent la manière de travailler et d’aborder les choses en général. Il y est question d’innovation, d’intuition, de développement, de relations humaines et d’autres choses faisant partie de l’expérience humaine. C’est pour alimenter notre réflexion que ça vaut la peine de s’y arrêter.

 Que vous ayez ou non un intérêt pour cette musique n’est que secondaire étant donné que, de toutes façons, vous n’avez pas besoin d’aimer, d’écouter ou de connaître  cette sorte de musique pour trouver intéressant le processus de création qui l’a produit. Le rapport à l’innovation, à la nouveauté, est un aspect important qui influence chacun d’entre nous, dans tous les aspects de la vie.

En sortant du monde de l’enfance, il y a longtemps, je suis sorti d’un monde formel, où tout est strict, règlementé et dit par l’autorité, pour entrer en contact avec un monde qui m’a confronté avec le non-dit, l’intuitif et où la communication non-verbale occupe une place importante. Et où l’autorité n’est pas issue d’une hiérarchie institutionnelle, mais plutôt méritée d’une manière organique plus conforme à nos origines animales. Miles Davis était un animal. Un animal qui fascine certains, qui en dérange d’autres. Qui ne laisse personne indifférent et dont l’autorité s’imposait instantanément, sans l’aide des artifices extérieurs. 
 
Un jour, un musicien l’a abordé et lui a dit : ‘’Miles, you’re my man! But that new shit you’re into, I just can’t get with it’’. Et Miles lui a répondu: ‘’Should I wait for you?’’


Si vous demandez à des amateurs de jazz quel est leur album préféré de Miles Davis, et il y en a beaucoup de ces albums, ce sont souvent les mêmes qui reviendront. Kind of Blue, bien sûr, ou bien peut-être un de ceux qui ont été faits en collaboration avec Gil Evans. Il y a de bonnes chances pour que ce soit un des disques de la période acoustique, c'est-à-dire avant 1967. Bitches Brew (1970) a ses partisans, mais de là à le considérer comme son préféré, c'est une autre chose.

En tout cas je ne connais personne qui, comme moi, choisirait On the Corner pour l'amener sur la proverbiale île déserte. Quelqu'un, quelque part, oui, mais je n'en connais personnellement aucun. Et pourtant, je le vois comme l'aboutissement le plus réussi de la période électrique, du moins dans les premières années, alors qu'il jetait les bases de son virage où le Fender Rhodes a remplacé le piano acoustique et la contrebasse a laissé la place à la basse électrique. Le choc a été considérable, un peu à la manière de celui créé par Bob Dylan lorsqu'il a engagé Robbie Robertson avec The Band pour mettre de côté, en partie au moins, les guitares acoustiques.





Le fleuve Saint-Laurent, à la hauteur de Québec, novembre 2013.



Le livre en question s'intitule MILES BEYOND  The Electric Explorations of Miles Davis, 1967-1991, écrit par Paul Tingen (Billboard Books). Dans la tradition du journalisme, le livre a été bien documenté à partir d'interviews de plusieurs musiciens ayant collaboré à cette production, et même à des gens de leur entourage comme Lydia DeJohnette. L'auteur est lui-même musicien, et son analyse des oeuvres pourrait se révéler fastidieuse pour certains lecteurs. Mais rien ne vous oblige à lire chaque ligne. Je trouve très intéressant ce qui y est dit au sujet de la méthode de travail et l'approche de Miles quant au choix des musiciens et la place qu'il leur fait. Peu d'échanges verbaux, interdiction de préparer lourdement les sessions d'enregistrement, c'est d'autant plus déstabilisant que beaucoup de ces musiciens étaient à l'époque très jeunes et relativement inexpérimentés. Même s'ils étaient extrêmement talentueux.

Si vous voulez entendre un exemple de cette musique, vous pouvez consulter mon message du 15 novembre 2013 dont le titre est: Patience et acharnement.

Miles avait une attitude. Il entrait dans la pièce et en imposait immédiatement. Intense, tous le disent. Et il fallait décrypter ses brèves indications, ce qui n'était pas toujours évident. Il insistait pour dégraisser la matière, la rendre plus significative en ne gardant que l'essentiel. Le batteur Billy Cobham: When you listen to Freddie Hubbard you hear trumpet proficiency par excellence, and then you hear Miles and he had a way of taking what Feddie did and compacting it in five notes. Those five notes said it all. The air around them became musical, and the silence became more profound and important. You just don't learn that. Miles somehow could just do that. 

Ces sessions pouvaient laisser perplexes leurs participants. Le claviériste Herbie Hancock: After we finished we walked out of the studio. And while we were standing in the hallway John McLaughlin came over and whispered to me, ''Can I ask you a question'' I answered, ''Sure''. He said, ''Herbie, I can't tell... was that any good what we did? I mean, what did we do? I can't tell what's going on!'' So I told him, ''John, welcome to a Miles Davis session. Your guess is as good as mine. I have no idea, but somehow when the records come out, they end up sounding good.''

N'oubliez pas que, lorsque ces enregistrements ont été faits, cette musique, ce son, étaient inédits. Rien de comparable n'avait vraiment été fait auparavant, ou si peu. Aucune oreille, pas même celle des musiciens, n'était habituée à ce nouveau paradigme. Pas surprenant que tant de gens aient été choqués par le nouveau Miles. Et malgré tout, Bitches Brew s'est vendu, très bien merci. Encore une fois, Miles (avec l'aide de quelques amis) réinventait la musique et tant pis pour ceux qui sont restés dans le passé. Lui, il regardait résolument en avant, comme tant d'autres personnages forts, dans tous les domaines. Autre petit détail qui n'en était pas un: une fois enregistrée, les bandes étaient réassemblées sans égard au déroulement de la pièce lors de son exécution en studio. Le réalisateur Teo Macero enlevait, répétait et déplaçait des segments entiers de pièces de façon à en faire un produit fini plus réussi.




L'Océan Atlantique, décembre 2013.



C'est une des choses que j'apprécie, de pouvoir me familiariser avec la vision et les façons de faire d'un personnage plus grand que nature, peu importe son domaine d'activité. C'est une manière de côtoyer un personnage habité par une intense volonté d'exceller. Beaucoup plus inspirant que de côtoyer des gens comme ce pathétique personnage qui m'a abordé avant-hier: Du début à la fin, son discours était négatif: ''Five years from now, this will be a ghost town!'' C'est ça, mon vieux, retourne sucer ton pouce avec ta mère.

J'aimerais penser que ma façon de concevoir les vélos s'approchent de cette vision épurée qui ne garde que l'essentiel. Pas seulement à l'extérieur (les accessoires), mais aussi à l'intérieur (les tubes du cadre). La légèreté m'inspire, et ses effets bénéfiques me réjouissent. Parfois, bien sûr, la fonction impose certaines choses, mais lorsqu'on peut....


But a gun is heavier than no gun!...


Et à la bibliothèque que j'ai fréquentée récemment, j'ai pu emprunter plusieurs disques compacts. Entre autres, un album du pianiste Brad Mehldau où on trouve une version de la pièce de Radiohead ''Everything in its right place". La contrebasse commence, puis le piano et la batterie suivent une minute plus tard.


vendredi 15 novembre 2013

PATIENCE ET ACHARNEMENT.





J'ai reçu un courriel récemment, dont voici quelques extraits. Mes commentaires suivent. Mais avant, permettez-moi de rappeller à ceux que ça pourrait concerner que le 25 novembre sera la dernière journée d'ouverture cette année. Les activités reprendront le 10 janvier 2014.


Je termine actuellement la «récupération» d'un cadre Poliquin...

Il est bien droit, bien balancé. Pas si lourd en fin de compte (Tange 5). Je soupçonne même ce cadre d'avoir été écoulé de l'inventaire de Mikado...

Je mettrai des photos sur mon site (http://capsicom.dyndns.org:8082).


Mes commentaires:

Les cadres Poliquin étaient faits en Asie, contrairement aux cadres Mikado qui étaient faits à Saint-Augustin-de-Desmaures près de la ville de Québec. Poliquin a fait affaire, entre autres, avec A-Pro à Taiwan.

J'ai possédé un de ces cadres Poliquin de route/course, en 1988. De plus, j'en ai vendu un à un ami un ou deux ans plus tard et j'ai pu l'essayer.

Le mien était le moins cher des deux, et le meilleur, aussi. C'est comme ça avec ces cadres en acier, un peu imprévisible. Certains sont sans prestige, mais très agréables, d'autres ont une marque, une réputation, mais peuvent se révéler décevants. Contrairement au mien, le Poliquin de mon ami était sans vie, raide. Debout sur les pédales, pour sprinter, on aurait dit qu'il refusait de collaborer et d'accélérer. Il s'en est départi après deux ou trois saisons, sans regrets.

J'ai aussi essayé d'autres cadres en acier que j'étais content de ne pas avoir acheté ou vendu. Et ce n'est pas à cause des tubes utilisés (Tange, Reynolds, Columbus, etc.), mais probablement plutôt à cause de l'alignement ou de la technique de soudage.

Au début des années '90, Norco faisait des cadres très potables dans ce genre de machines. Ils étaient dépourvus de prestige, et pas particulièrement beaux, mais à l'usage ils étaient agréables et en plus ils étaient très abordables.

Ma conclusion est que, si on ne peut essayer un tel cadre avant de l'acheter, c'est un peu comme lancer les dés sans savoir ce qui sortira.





Êtes-vous manuel? Visuel? Auditif? Émotionnel? Parfois, les gens se déclarent dans un camp ou un autre. J'ai des réserves. En fait, j'aimerais bien avoir l'opinion d'un expert, si expert il y a.

Serait-on manuel, ou visuel, à cause de la génétique, de l'horoscope, ou de la volonté d'un barbu dans le ciel? J'ai surtout l'impression qu'on s'entraîne à une chose ou une autre, et qu'avec de la patience et de l'acharnement on développe ce qu'on veut bien.

Ce n'est pas de mon père que j'ai appris à être manuel. Il m'a appris des choses, mais pas ça. Si je suis devenu, entre autres choses, mécanicien de vélo, c'est parce que je ne me suis pas donné le choix. Hector Picard aurait pu choisir de démissionner, mais comme vous pouvez le voir dans le vidéo suivant, ce n'est pas le cas.




*

J'ai reçu un courriel cette semaine, d'une amie québécoise vivant en Espagne. Le voici, avec mes réponses en italique.



Si t'as quelques minutes à investir pour contribuer à la réalisation de notre projet de voyage au Vietnam, voici quelques idées d'infos que tu pourrais gentiment nous donner! :)

-les mois juillet-août pour rouler là-bas, on se fera noyer par la mousson?

Non, mais il fait chaud. C'est moins lourd au printemps qu'en été. Tu peux consulter le site suivant pour avoir plus de détails:

 http://www.quandpartir.com/meteo/vietnam-idpaysglobal-99.html

Sinon, quand il y a mousson, ça tombe abondamment vers 14 ou 15 heures, et après ça c'est fini, on peut recommencer à fonctionner normalement. Du moins, c'est comme ça dans la région de Saigon, dans le sud.

-vaut mieux rouler avec un velo de montagne ou un de route?

Moi je roulais avec des pneus 700 x 32, mais des 26 x 1.5 ou moins peuvent faire l'affaire. C'est seulement quand tu "déchemines" sérieusement que tu peux avoir besoin d'un vélo de montagne.
Le voyage typique que les cyclotouristes font au Vietnam, c'est de faire la Route Nationale no. 1 dans un sens ou dans l'autre. Il y en a qui m'ont dit que la moitié nord, de Hanoi à Hué, est un peu monotone à la longue, et que c'est plus intéressant de Hué à Saigon, ainsi que le Delta du Mékong. D'autant plus que les Vietnamiens du nord n'ont pas une réputation aussi bonne que ceux du centre ou du sud. 

Je n'ai jamais fait ce genre de voyage au Vietnam. J'ai plutôt fait des séjours plus ou moins prolongés dans différentes villes, en faisant des sorties d'un jour avec mon vélo. Hué se prête bien à ça, car c'est petit et on en sort facilement. Hoi An aussi. Danang est plus gros, plus industrialisé et moins agréable. Hanoi a une plus belle architecture que Saigon, mais ce sont deux grosses villes asiatiques, très populeuses. La Baie d'Ha Long ne m'attire pas: elle est devenue un endroit touristique et n'est pas sur votre route pour se rendre quelque part plus loin. Dalat est plus attirante, surtout lorsqu'il fait très chaud en été, mais je n'y suis jamais allé. La région de Vinh est très pauvre. Saigon (Ho Chi Minh City) est prospère et bourdonne d'activité. Et en été, il y a beaucoup de fruits dans le sud. Des mangues, entre autres.





 My Anh, mon épouse.


-Parlant vélo, tu vois possible, économique et intelligent d'acheter nos vélos sur place? As-tu même (oh! Magie! ) des contacts?

Les vélos disponibles sur place sont économiques et de plutôt piètre qualité. On les paie 100$ ou moins. Et on les laisse là lorsqu'on quitte le pays...

-réseau routier, on sera forcé d'emprunter les grandes routes, ou on pourra trouver des chemins secondaires cyclable?

Les grandes routes sont au nombre de... une. Il y a bien sûr d'autres artères importantes, mais elles vont généralement dans d'autres directions que le grand axe nord-sud de la Route Nationale no. 1. Et si c'est ce que vous faites comme voyage, vous ne pourrez pas souvent aller ailleurs pour plus de tranquillité. C'est dû à la configuration nord-sud de ce pays, et au fait que les régions ouest du pays sont moins peuplées car la géographie montagneuse est moins facile que la partie est du pays qui suit la côte de la Mer de Chine.

Et toute autre information que tu jugeras pertinente sera plus que la bienvenue!

Ce n'est pas un endroit pour cyclistes débutants et candides. La circulation y est parfois très dense et requiert une grande attention, d'autant plus qu'il y a moins de vélos qu'avant, et plus de petites motos. Et il ne fait pas bon rouler à l'obscurité le soir car il peut faire noir comme dans le cul du diable. Mais je n'y ai jamais fait d'accident. Et j'ai parfois rigolé sérieusement sur mes deux roues, en provoquant les Vietnamiens (et les Vietnamiennes) qui ont un bon sens de l'humour et qui ne connaissent pas ce concept typiquement occidental qu'on appelle "être dans sa bulle". D'ailleurs, quand on sort de son hôtel, au Vietnam, on ne s'appartient plus à 100%. On y fait facilement des rencontres de toutes sortes: on aime ou on n'aime pas.

Sinon, j'ai aussi reçu le courriel suivant, du Laos, ce matin, de Johanne et Pedro (http://www.veloreve.blogspot.ca/):

 On sort de plusieurs jours dans les montagnes du nord (en fait c'est des montagnes presque sur tout le territoire...) et je te dis qu'à plusieurs endroits c'est pauvre en titi (bien plus que le Cambodge encore).



Non, ce n'est pas la Route Nationale No. 1. Ou la 2, la 3 ou la 4.

*

Si vous aimez faire du vélo dans une piscine, n'allez pas en Californie: c'est interdit par la loi! Allez voir ceci:

http://www.troiscouleurs.fr/?p=8720


Voici un film de l'Office National du Film du Canada publié il y a plusieurs années. On y voit entre autres choses le défunt Vélodrome Olympique de Montréal qui était fait d'un bois de très bonne qualité. Et des courses de tandem qui sont, comme toujours, plutôt spectaculaires.

                       


Lorsque je propose des écoutes musicales ici, je préfère suggérer des musiciens mal connus du grand public. Et beaucoup d'amateurs de musique connaissent le nom de Miles Davis. Mais de là à bien connaître son oeuvre, c'est autre chose, d'autant plus qu'elle est abondante. Sa vie de musicien connu va de 1945 jusqu'à sa mort en 1991. On y trouve une musique qui évolue au fil des ans, et qui réflète d'autant plus ces décennies qu'il était un modernisateur qui n'avait pas peur de choquer ceux qui préfèrent le confort des habitudes.

Il est surtout connu pour son grand album de la fin des années '50: "Kind of Blue". Mais j'aime beaucoup ses groupes électriques qui sont apparus à peu près dix ans plus tard. Et j'en ai découvert un cette semaine que je ne connaissais pas, celui qu'on trouve sur le disque "Aura". Contrairement à ses formations habituelles, qui étaient surtout composées de musiciens américains, on y trouve que des Européens. À commencer par le compositeur et producteur danois Palle Mikkelborg qui s'est impliqué dans cet album publié en 1989, quatre ans après son enregistrement.

Ici, c'est la pièce Electric Red. Bien nommée.