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vendredi 31 juillet 2015

RESTAURATION.





En plus de la fabrication, Bicycles Falardeau enr. offre également des services de réparation et de restauration. On nous apporte ces vélos que vous voyez passer tous les jours. Mais, à l'occasion, on nous apporte aussi des vélos qui sortent de l'ordinaire. Et récemment, en l'espace d'une semaine, j'en ai eu trois différents entre les mains.

Le plus inhabituel d'abord. Tous les Canadiens ont vu des vélos CCM. La marque existe depuis longtemps, et c'est une marque économique à grande diffusion. Le nom a été racheté par la compagnie beauceronne Procycle qui l'a modernisée. Mais la compagnie ontarienne originale fabriquait des vélos qui, à défaut d'être raffinés, étaient généralement assez bien assemblés.

Par contre, peu de gens connaissent les CCM de haut-de-gamme fabriqués à Weston, il y a de cela plusieurs années. À ma connaissance, ils ont été vendus sous deux noms de modèles différents: le Tour du Canada, et le Silver Ghost. Typiquement faits d'acier Reynolds 531, il s'agissait de vélos de course sur route surtout. J'en ai personnellement possédé un qui était un cadre de piste datant probablement du début des années '50. Ne vous y trompez pas: c'était un authentique vélo de compétition fait pour pousser du braquet et faire souffrir les adversaires. La vocation était claire, et les sensations agréables se comparent avantageusement avec des vélos bien plus jeunes.

Celui que vous pouvez voir sur la photo ci-dessous est un vélo de route datant des années '70 et lorsqu'on s'approche, on s'aperçoit rapidement qu'il s'agit d'une machine sérieuse. Roues à boyaux, et groupe Campagnolo complet. Pas de pièces Modolo ou Miche là-dessus. Tel que sur la photo, avec son support à antivol un peu incongru, il pèse 10.16 kg. Pas de surprise.





Sa peinture a souffert lors de l'entreposage, ces dernières années. Nous sommes à travailler sur un projet visant à le préserver et à le restaurer. Il faut le faire, car c'est un vélo de valeur, et on n'en voit plus beaucoup. Heureusement, il n'est pas tombé entre les mains d'une personne qui n'en connaît pas la valeur, comme c'est parfois le cas avec ce genre de vélo qui peut être perçu comme étant un banal "dix-vitesses" comme on les appelle encore ici au Québec. Il possède d'ailleurs justement une roue libre vissée à cinq pignons. Le pédalier, lui, est équipé de deux plateaux dont la différence de grosseur n'est pas grande, comme c'était souvent le cas à cette époque. Faiblards s'abstenir, et bonjour les côtes!

Il est de la même couleur que le cadre de piste que j'ai possédé, un bleu foncé très sobre et pas très excitant. Mais je le repeinturerais de la même couleur, pour respecter l'esthétique d'époque. Parfois il faut savoir laisser ses goûts personnels au vestiaire. On ne possède jamais complètement une telle machine, elle appartient au patrimoine et devra être confiée (par le biais d'un don ou d'une transaction) à une personne responsable qui saura la garder vivante et fonctionnelle.

René Falardeau, ancien propriétaire de mon entreprise et fils du fondateur Henri, affectionnait une vieille voiture. Il s'agissait d'une Dodge Custom Royal 1957 dont il était le propriétaire d'origine (jusqu'à son décès en 1991) et il en prenait grand soin, évitant de l'utiliser quand le temps n'était pas clément. C'était une espèce de paquebot à deux portes (et quelles portes!) équipé d'un V8 typique de l'époque. Elle prenait la route avec assurance, affichant fièrement ses chromes qui étaient la fibre de carbone de cette génération-là. Les offres d'achat n'étaient pas rares et quand est venu le temps, René n'a eu qu'à choisir son acheteur. On m'a dit qu'il la possède encore et qu'elle reçoit l'attention appropriée. Je n'ai personnellement aucun intérêt pour les gas guzzlers américains et c'est une bonne chose qu'on ne me l'ait pas donnée ou vendue car je n'étais pas l'homme de la situation et René le savait bien. J'aimais les vélos autant qu'il aimait les V8.

J'en profite pour vous dire que nous pouvons offrir le service de restauration. Nous allons le repeindre en respectant la couleur d'origine, et j'ai accès à des pièces neuves mais démodées, comme par exemple une chaîne 5 vitesses proposée par la marque allemande Wipperman. Le prix d'une restauration est fixé selon l'ampleur des travaux, mais attention, lorsque les vélos sont vraiment très vieux, les contraintes techniques peuvent représenter un défi majeur.







Le plus italien ensuite. Il s'agit d'un Colnago de route, dont les roues ne sont évidemment pas d'origine. D'abord, pour ceux qui ne connaîtraient pas la marque, c'est une compagnie fondée en 1954 qui s'est beaucoup impliquée dans la commandite d'équipes professionnelles. Ce qui ne veut pas nécessairement dire que les cadres seraient bons, mais dans ce cas-ci, ils le sont. Tout au plus, certaines séries ont une rigidité qui convient mieux à un Superman qu'à un sportif banal dans mon genre.

L'exemplaire qui m'est arrivé l'autre jour est un vélo que j'ai vendu neuf, il y a vingt ans. Le jeu de tubes est un Columbus SL, un acier classique chez les coureurs amateurs circa les années '70 et '80. Le cadre en question était le modèle de base chez Colnago, celui qu'on achète lorsque le budget ne permet pas un acier plus sophistiqué, un alu comme le Dual, un carbone (Carbitubo) ou un titane (Bititan). En fait, le premier Colnago que je me suis procuré était un Tretubi, durant les années '80. Il s'agissait d'un jeu de tubes modeste, un peu lourdaud et pas très rigide, même pour moi. Pas assez pour poser un réel problème, mais assez pour être perceptible à haute vitesse dans une courbe.

Il arrive régulièrement, avec les vélos de haut-de-gamme, que le propriétaire ait fait sufisamment attention à son vélo pour que, après vingt ans, la peinture soit pratiquement intacte.C'est un régal pour l'oeil, d'autant plus que, en 1995, Colnago avait mis au point des façons de peindre les vélos différentes de l'époque où on leur reprochait des robes ternes. Leur formule "Art Decor" a d'ailleurs été copiée par de très nombreuses compagnies de vélo par la suite.

Malheureusement pour nous au Canada, la marque a été longtemps distribuée par une compagnie (N. A. B.)  qui a su se mettre à dos une bonne partie des détaillants avec qui elle faisait affaire. On m'a dit que Procycle, à Saint-Georges-de-Beauce, offre maintenant leurs produits, et c'est probablement une bonne chose.

Après avoir roulé sur leurs produits pendant dix ans, j'ai donné ma démission. Il y a une chose très simple à comprendre avec de tels cadres. étant donné leur prix élevé, à prix égal, le produit fini sera plus lourd parce que le budget est trop accaparé par le cadre. On doit donc l'habiller avec des pièces moins onéreuses, donc normalement moins légères.

Peut-on faire un aussi bon cadre pour un montant moins élevé? J'en étais convaincu. Leur coût élevé vient en partie des dispendieuses commandites qui visent à en faire la promotion, ainsi que des peintures élaborées qui les transforment. Difficile de savoir exactement quelle part du budget de la compagnie la recherche et le développement représentent, d'autant plus que je ne compterais pas sur un industriel italien pour être transparent à ce sujet.

Tom et Ray Magliozzi racontaient récemment que les Italiens mentent de 7 à 10 fois par jour, en moyenne. 27% des mensonges visent à couvrir des erreurs, 42% pour éviter des conflits, 21% pour le bien d'autrui. Les 10% qui restent? Ils nous disent que c'est pour pratiquer...

Pour concevoir des cadres, je n'ai pas essayé de réinventer la roue. J'ai plutôt utilisé des proportions et des géométries qui me plaisaient. Reste le jeu de tubes, étape cruciale dans le travail de conception. Le consommateur moyen est loin de mesurer l'impact de ce choix sur le produit final. Si un vélo n'est jamais meilleur que son cadre, un cadre n'est jamais meilleur que son jeu de tubes. Je ne veux pas seulement dire par là qu'il faut qu'il soit de qualité, ce qui est un terme un peu ambigü qui peut vouloir dire différentes choses, mais bien qu'il faut que ce jeu de tubes soit approprié aux intentions du concepteur et adapté aux besoins du cycliste.




Finalement, une marque que je ne connaissais pas, C. Itoh. Ça semble être une marque japonaise qui possédait un catalogue allant de l'entrée de gamme jusqu'aux vélos équipés Dura Ace. Le vélo n'est pas exceptionnel ou particulièrement raffiné, quoiqu'en changeant la selle et les leviers de freins, on pourrait en faire un vélo à peu près potable, en espérant que le guidon ne soit pas trop étroit comme c'était habituellement le cas à cette époque. Pour ce qui est des pédales, je vous laisse juge. Mais ce n'est certainement pas un vélo méritant un gros budget. Quelques autres photos:








World's Finest, rien de moins!



Accessoirement, je mentionne aussi le passage en mes murs d'un Raleigh équipé d'un moyeu arrière trois-vitesses Sturmey-Archer avec moyeu avant à dynamo. Plusieurs clients qui l'ont vu l'ont trouvé sympathique avec son style rétro. Malheureusement, c'est passer un peu vite par-desssus le fait que la bête pèse la bagatelle de 17.73 kgs, 39 belles grosses livres et malgré ça, il est équpé de freins dignes d'une Lada passée date. Candidats au suicide, inscrivez-vous ici. Sans compter le fait que l'étagement des trois vitesses est souvent savamment calculé pour que le développement proposé ne soit presque jamais où on voudrait qu'il soit.



Quelques informations sur les antivols de vélo:
http://www.protegez-vous.ca/un-cadenas-fiable-pour-mon-velo.html





Great Black Music: Ancient to the Future, Afro Blue (composé par Mongo Santamaria, et popularisé par John Coltrane)



vendredi 20 mars 2015

DU SPORT À PETIT BUDGET.












En avant-plan, l'Amérique moderne. En arrière-plan, le fleuve Saint-Laurent et l'Île d'Orléans avec son patrimoine.


La Route Verte, ce réseau cyclable québécois dont le coût d'entretien se chiffre à 2.8 millions de dollars par année, est une autre victime de la médecine austère du Docteur Couillard. Une phrase a retenu mon attention, dans l'article suivant publié en décembre dans le journal montréalais Le Devoir, car elle met en perspective les priorités du gouvernement.


http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/427357/velo-une-route-verte-patrimoniale


Il peine à réaliser que la survie de ce réseau, qui coûte quelques millions par année d’entretien, soit menacée, alors que le gouvernement s’apprête à investir près de 600 millions pour le prolongement de 8 km de l’autoroute 19. 



*


Un article a été publié lundi dernier dans le journal Le Soleil, ici à Québec, pour parler de la domination de l'automobile comme moyen de transport dans la région. 


http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/transports/201503/15/01-4852411-lauto-restera-reine-a-quebec.php

Je parlais ici il y a quelques semaines (voir: Comme s'il n'y avait pas de lendemain) des projections d'achalandage des transports en commun. On en a un autre exemple qui, celui-ci, nous touche de près, ici-même à Québec. Ci-dessous un extrait de l'article du Soleil qui nous donne les projections faites en 2003, pour 2030. À ce rythme-là, on pourrait presque s'attendre à ce que plus personne ne prendra les transports en commun quand 2030 sera vraiment arrivé! Faut dire que c'est rarement très agréable...


Plus concrètement encore, l'achalandage quotidien du Réseau de transport de la Capitale (RTC) devait être de 300 000 passagers en 2030. Les derniers calculs prévoient plutôt 182 390 passagers en autobus 10 ans plus tard.




On ne nous dit pas ici s'il s'agit de la compagnie Raleigh, mais c'est très possible.






Quelqu'un comme moi qui a roulé beaucoup sur des vélos cyclosportifs de prestige (fibre de carbone, titane, aciers Columbus ou Reynolds) pourrait être très réticent à s'équiper d'un vélo de cette catégorie dont le prix est de 1000$cad ou moins. Ce qui est couramment disponible dans le commerce s'est dégradé considérablement depuis 30 ans. Cadres en aluminium banals, roues lourdes, transmissions pleins de compromis, périphérie quelconque, mieux vaut ne pas comparer tout ça à ce que je me suis procuré durant les années '80 dans cette fourchette de prix.

La rumeur persiste à dire qu'il vaut mieux, côté transmission, ne pas descendre en bas de 105 dans la hiérarchie de Shimano. Ce qui impliquerait presqu'automatiquement que vous n'aurez pas le pire cadre de la marque de votre choix, et qu'il y aurait un minimum de qualité dans l'ensemble. Je peux comprendre le raisonnement, d'autant plus que c'est une façon commode et rapide de donner un conseil à un acheteur potentiel peu au fait de la technologie actuelle.

Malgré cela, si j'avais à m'acheter un vélo cyclosportif demain matin, je passerais outre ce conseil et je me procurerais un vélo dont le prix serait plus modeste que celui dont je dispose maintenant. Mon intérêt a baissé pour cette forme de cyclisme. Alors qu'auparavant, mon dimanche pouvait être consacré à cette activité, je trouve plus attrayant de rechercher la tranquilité des routes campagnardes en gravelle. Ce qui implique des pneus de 28 mm ou plus, que les cadres modernes de route n'acceptent pas volontiers. Pas du tout, en fait. Les Américains appellent high idling capacity cet état de fait où un objet est acheté mais sert peu, parfois même très peu. Un exemple: la moyenne de la durée d'utilisation d'une perceuse électrique, durant toute sa vie chez un consommateur (non-professionnel) est de... 13 minutes!

Mais j'aime encore faire des sorties courtes en semaine, chaque semaine, pour l'entraînement. Pas assez  pour justifier d'investir lourdement dans un cadre de un kilo équipé 105 ou Ultegra, mais assez pour faire un montage futé dont le résultat resterait quand même intéressant. Je sais comment faire, laissez-moi vous expliquer.

Je ferais particulièrement attention aux points suivants:


  1. Un cadre en alu (pour l'économie) léger. Autour de 1.4 kg, poids-cible qui permet d'éviter la raideur des cadres aux parois plus épaisses. Et leurs sensations un peu figées.
  2. Un pédalier au poids raisonnable. Sans aller chercher un poids record, mais au moins éviter les enclumes qui ornent souvent ce genre de vélo. Tout en ayant un choix de braquet qui correspond à mes besoins et ma capacité. 
  3. Des jantes dont le poids est sélectionné avec soin. À ce sujet, voir mon message du 6 mars 2015 intitulé À PROPOS DES JANTES. En résumé, j'évite de sur-construire, et je ne choisis pas pour le coup d'oeil, plutôt pour le coup de pédale et son résultat.
  4. Des pédales automatiques dont la marque est sans prestige, parce que de toute façon elles sont toutes efficaces. Il suffit d'éviter les modèles de tout premier prix (les moins chères d'entre toutes). Vous préférez ls produits de haut-de-gamme Speedplay, Look ou je ne sais trop quelle autre marque? Je sais pourquoi, mais on peut vivre sans. La preuve, avant de les avoir, on ne les avait pas. 
  5. Pour le reste, éviter les accessoires douteux ou les choix qui gâchent le reste. 

Faut avouer que quand on aime les bons vélos, l'exercice n'est pas facile. En choisissant les différents éléments, c'est souvent tentant de se dire que ça vaut bien le coût de mettre ceci ou cela. Mais si on fait ça dix fois, la facture finale n'est plus du tout la même. Dix concepteurs qui se mettent à cette tâche vont produire dix vélos différents. Je visais un maximum de 900$ et j'y suis arrivé sans avoir à changer un des choix que j'avais fait. Pour un vélo complet, ça me donne un prix de 888$cad + pédales + taxes. Bien sûr, je peux revoir le prix à la baisse, mais le poids du vélo en pâtirait, et il ne faut pas oublier la vocation sportive d'une telle machine.

Petit mot au sujet du poids: j'aime mieux ne pas spéculer sur le résultat sur la balance. Je risquerais de donner un chiffre inexact. Il faut compléter le montage pour savoir à quoi s'en tenir vraiment.

Quelques détails sur les ingrédients:


  • Cadre Falardeau Alu9 course à épaisseur (très) variable (triple butted)
  • Fourche avant en fibre de carbone
  • Guidon courbé en alu
  • Pédalier compact Shimano Tiagra
  • Shimano A070: dérailleur avant, leviers frein-vitessse
  • Dérailleur arrière Shimano Claris
  • Cassette HG20 7 vitesses
  • Pneus Schwalbe Lugano
  • Moyeux Shimano Tiagra
  • Selle Eclypse
  • Jantes avant Ritchey, arrière à déterminer selon l'acheteur
  • Autres détails sur demande

Je dois cependant mentionner que si je le faisais pour moi, il serait différent. Même cadre, mais une fourche à colonne de direction (en anglais: steerer tube) en fibre de carbone pour la légèreté. Guidon droit plutôt que courbé, leviers Shimano très différents, selon ce que j'ai sous la main. Un pédalier triple Deore (48 dents) avec une petite cassette HG50 12/21 7 vitesses. Cette dernière est plus légère qu'une Dura Ace de modèle courant et coûte presque dix fois moins cher! L'important pour moi est d'avoir des rapports serrés avec peu d'écart entre les pignons. Le troisième plateau permet de pédaler facile dans les passages difficiles ou lorsqu'on veut y aller mollo, malgré le fait que le plus gros pignon de la cassette a l'air sorti tout droit d'une étape du Tour du Plat Pays. 

Bref, un peu déstabilisant pour qui se contente de suivre les tendances du marché. Un vélo atypique qui ressemble à celui que j'ai, mais en moins cher, car le mien est bâti à partir d'un cadre en fibre de carbone monocoque, en plus d'avoir des pièces de plus haute gamme.. Je pourrais en offrir un (Alu9) pour 824$ + pédales + taxes. Je suis convaincu qu'il serait plus léger que celui de 888$, car seul le pédalier Deore risque d'être plus lourd que le pédalier Tiagra, et de peu. En tout cas, j'ai éprouvé la recette depuis plusieurs années et je ne suis jamais revenu en arrière. J'ai vu toutes sortes de réactions face à cette machine, vraiment toutes sortes et pour dire franchement, je m'en amuse.




En matière de gaspillage de ressources, c'est plutôt exemplaire, mais bon... essayez de regarder ça sans sourire: