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vendredi 30 octobre 2015

RIGIDITÉ CADAVÉRIQUE.








Près de Saint-Malachie, dans la Beauce québécoise, le 12 octobre 2015. Vingt degrés Celsius.




On connaît tous la réputation des Pays-Bas comme étant un des pays où le réseau cyclable est le plus développé au monde. Ce qu'on connait moins, c'est le point de départ de ce réseau. C'est très simple: à tous les jours, des enfants étaient tués par des automobilistes dans ce pays à la très forte densité de population. Il a fallu se rendre à l'évidence: des vélos et un réseau sérieux pour stimuler la popularité du cyclisme.

Ils ont mis le paquet. On a mis une piste cyclable (pas une bande, mais bien une piste) partout où c'était physiquement faisable, quitte à changer l'aménagement de la voie publique. Ça a marché, et ce n'était pas un luxe, car il y a encore plus d'habitants qu'auparavant. En fait, il y a tellement de cyclistes qu'on y trouve même des cas de rage au guidon sur une base régulière... On ne voit pas ça souvent à Québec! L'article suivant est tiré du site du journal britannique The Guardian.

http://www.theguardian.com/environment/bike-blog/2015/oct/22/what-i-learnt-from-a-month-cycling-in-the-netherlands

En fait, pour peu qu'on s'intéresse à ce qui se passe dans le monde, le journal The Guardian est un des plus intéressants, si on se débrouille en anglais. On y trouve de tout, comme par exemple ces articles publiés la semaine dernière.

http://www.theguardian.com/lifeandstyle/2015/oct/24/tom-jones-fame-allows-you-to-release-things-in-you-its-like-drink

http://www.theguardian.com/commentisfree/2015/oct/23/loneliness-health-dangerous-old-age-death

http://www.theguardian.com/world/2015/oct/23/frankly-disgusted-british-cyclist-challenges-xi-jinping-supporters-paul-powlesland

Et aussi cet article publié hier, particulièrement intéressant pour ceux d'entre vous qui veulent un vélo gratuit:

http://www.theguardian.com/world/2015/oct/30/bike-shortage-stems-flow-of-migrants-using-russian-arctic-route-to-europe


De la neige sur Québec, six jours plus tard, le 18 octobre 2015. Pas d'accumulation au sol, mais on peut la voir dans l'air, si on clique sur la photo.


J'ai eu une conversation, la semaine dernière, avec un professeur de soudure. Plusieurs d'entre vous auraient aimé entendre cet échange. Ça aurait même valu la peine d'être filmé, si j'avais ce qu'il faut. Mais à défaut de ça, voici un bref aperçu de l'échange.

Lui: "Il y a deux sortes de soudures: homogène, ou hétérogène. On peut souder en faisant fondre les deux choses à joindre avec ou sans l'apport d'un métal différent des deux parties. S'il y a un métal différent, il aura l'effet d'une colle. Cet autre métal n'a pas la même température de fusion que les pièces principales et donc ne réagira pas à la même vitesse qu'elles, à la chaleur de la torche à souder."

Moi: "Dans les années '80 et '90, un artisan québécois qui soudait des cadres en acier avait une bonne réputation. J'en ai essayé au moins deux, et ils étaient moches tous les deux. J'ai aussi vu ça dans un cadre asiatique vendu sous un nom québécois. Ces trois cadres semblaient sans vie, raides. On se met debout pour sprinter et le cadre n'a pas de dynamique (c'est probablement un peu difficile à comprendre pour qui n'en a pas fait l'expérience). Et en parlant avec des cyclistes expérimentés, il m'est arrivé d'avoir confirmation de ce que je dis à propos de cet artisan québécois. Dans le cas du cadre asiatique, il était plus cher qu'un autre cadre de la même marque obtenu précédemment, mais beaucoup moins agréable. Oui: de la même marque, plus cher, et moins agréable. Par contre, le fait que les deux cadres soient de la même marque (occidentale) ne veut pas dire qu'ils avaient été fabriqués par la même compagnie (asiatique).

Est-ce que ça pourrait être dû au fait que le cadre soudé dans un gabarit (en anglais: jig) accumule une tension occasionnée par la chaleur de la soudure et que cette tension demeure dans le cadre durant toute sa vie, parce qu'il n'est pas libre de bouger dans le gabarit?"

Lui: "Oui, si les traitements post-soudure ne sont pas appliqués selon les règles. Les recettes sont très établies, autant pour l'acier que pour l'aluminium, et certains ont payé cher pour ne pas les avoir suivies. De plus, les artisans sont souvent moins bien équipés que les gros ateliers pour procéder à la fabrication de cadres de vélo. Normal, certains équipements sont très dispendieux et ne peuvent être amortis que grâce à un volume de production suffisant.

Après la soudure du cadre d'acier, un traitement thermique spécifique "détendra" le cadre et en fera un produit fini plus ou moins prêt à être peint."




J'ajouterais que, surtout dans les années '70 et '80, mais même encore aujourd'hui, une partie importante de la clientèle d'un tel artisan pouvait être plutôt ignorante de ces subtilités et se fiait trop à la réputation du cadreur ou à celle des tubes Columbus pour donner une qualité appréciable au cadre. Je dis souvent qu'on ne peut pas faire un bon vélo avec un mauvais cadre, mais qu'on peut faire un mauvais vélo avec un bon cadre. De même, on peut faire un mauvais cadre avec de bons tubes, mais on ne peut faire un bon cadre avec de mauvais tubes.

Donc, il ne suffit pas de voir une étiquette sur le cadre certifiant qu'il a été fabriqué avec des tubes de haut-de-gamme pour déduire que le cadre sera agréable. Ceci est très important pour les acheteurs de cadres vintage, c'est-à-dire du siècle dernier, qui seraient tentés de sauter aux conclusions sans avoir fait un essai routier qui pourrait, on non, s'avérer très décevant. Certains cadres asiatiques de cette époque peuvent par contre se révéler être très agréables, malgré l'absence de pedigree ou de prestige. Pour évaluer cela, il faut non seulement en avoir fait l'essai, mais aussi avoir essayé un certain nombre d'autres cadres qui serviront de points de comparaison. De plus, il faut que le degré de rigidité du cadre soit bien adapté aux besoins de l'utilisateur, compte tenu de son gabarit personnel. Ce qui est trop rigide pour un, sera peut-être parfait pour un autre. Contrairement à ce que la publicité pourrait faire croire, la rigidité n'est pas toujours désirable, elle doit vous convenir, à votre gabarit et à votre puissance.

J'ai fait lire ces quelques paragraphes par "Lui", pour m'assurer que je ne disais pas trop de bêtises. Il s'est contenté d'ajouter ce qui suit:

"Notes:
Les traitement thermiques après soudure sont obligatoires pour les cadres en aluminium.
Ils sont moins importants pour les cadres en acier."

Si vous voulez en apprendre un peu plus sur l'aluminium, vous pouvez regarder la vidéo suivante. Notez que sur les vélos, la grande majorité des tubes Reynolds sont faits à base d'acier.






De temps en temps, lorsque nécessaire, je change un câble/gaine sur mon propre (un peu sale) vélo d'hiver. J'en profite pour écouler des gaines qui ne sont habituellement pas de la même couleur d'une fois à l'autre. Quatre gaines, quatre couleurs...



Vente Spéciale du Centenaire de Falardeau: je solde tous les maillots, chandails et t-shirts en magasin à 10$ + taxes. Tout l'automne. Pas d'exception.


Je n'ai jamais joué de guitare, je n'ai aucun talent pour ça. Et pourtant, je trouve fascinant d'écouter et de voir ce vieux pirate en parler.






samedi 9 février 2013

JUST WANNA SEE HIS FACE...





Conversation avec Colin, hier. Colin est cet artisan du vélo dont je vous ai déjà parlé et qui aime la discrétion: c'est pourquoi je l'ai rebaptisé Colin.

''Quelle industrie débile!'' m'a-t-il dit, en parlant de l'industrie du vélo. ''Maintenant je suis capable d'en rire...'' Il faisait allusion à ces innovations qu'il décrit comme étant des régressions du point de vue de l'ingénierie, avec force explications.

Il y a plusieurs choses dans la liste de ce que Colin n'aime pas, et vous aimez peut-être certaines de ces choses. Il me mentionnait entre autres les freins à disque hydrauliques pour les vélos de route: ils imposent de renforcer les jambes des fourches et les rendre plus raides, donc moins confortables et moins souples. Plus rigides? Pas toujours désirable: on veut quelque chose de plus rigide lorsque ça ne l'est pas déjà assez, ce qui n'est pas le cas pour la plupart d'entre nous, en ce qui concerne les fourches.

Personnellement, je ne veux pas de freins à disque, hydraulique ou pas, étant donné le type d'usage que je fais en vélo. Mes besoins, côté freinage, sont relativement modestes, et je préfère investir le budget disponible dans des systèmes plus abordables et plus légers. Plus simples, aussi.

Le marketing exige une fuite en avant et justifie plus ou moins adroitement (ou pas du tout...) des changements qui créent l'obsolence de ce qui existe déjà. C'est sûrement une des raisons qui explique en partie l'engouement pour les vélos à pignon fixe. Une espèce de réaction face à la pression exercée par les forces du marketing.  En fait, il n'y a pas plus obsolète qu'une transmission monovitesse à pignon fixe.

Dans son livre Bicycle Diaries, David Byrne raconte que son expérience avec un vélo moderne et de plus haute gamme a été peu concluante: la machine était capricieuse et s'est révélée d'un entretien trop exigeant à son goût. Il ne rentre pas dans les détails, et ce serait intéressant de voir exactement ce qui s'est passé dans son cas. Dans mon cas, si vous regardez mes vélos personnels, vous verrez des machines dont les cadres sont résolument modernes, mais dont les transmissions ne correspondent pas aux dernières élucubrations des futurologues de chez ShimaSramgnolo. Ce ne sont pas des pignons fixes, mais ce sont des élaborations iconoclastes qui invitent l'observateur curieux à s'attarder un peu, à réfléchir.

Simplicité, économie, efficacité, légèreté, fonctionnalité, facilité d'entretien et de réparation, disponibilité des pièces, ce sont tous ces critères qui doivent être pris en compte au moment de bâtir le vélo. En offrant du prêt-à-rouler, les compagnies n'ont même pas le choix. Elles doivent suivre les tendances qui sont, en 2013, plutôt extrémistes (sauf exception). Ou bien vous avez dix ou onze pignons, sur le moyeu arrière, ou bien vous n'en avez qu'un.

Heureusement, la réalité est un peu plus souple que ça. Ne vous fiez pas à certains vendeurs qui vous diront que ''ça ne se fait plus''. C'est ce que vous entendrez parfois si vous cherchez des cassettes à sept ou huit vitesses. Il se fabrique encore des roues libres à cinq ou six vitesses!

Ne croyez pas tout ce qu'on vous dit dans les magasins. Les vendeurs ne disent pas tous la même chose. Évitez les vendeurs dogmatiques, et ceux dont le champ d'expérience est limité. Certains n'apprécient qu'une seule sorte de vélo, et voudraient tous nous voir sur ce type de vélo. D'autres vous relègueront aux vélos pépères, en se disant que vous êtes trop pantouflard pour apprécier autre chose. Laissez-vous guider par votre intuition, n'achetez pas trop vite, et ne vous conformez pas à des modes ou à des images.

*

J'étais curieux en partant en vacances pour un mois, de voir comment ma forme physique réagirait à mon jeûne de vélo. J'avais l'intention de nager assidûment, et j'y suis parvenu sans problème. Et je n'ai pas eu besoin d'attendre d'être revenu à Québec pour mesurer le résultat.

Un jour, vers la fin du mois, j'ai eu à courir pour ne pas arriver en retard avant la fermeture d'un bureau où j'avais affaire. À peu près 800 mètres. Ce qui n'est pas beaucoup lorsqu'on est en bonne santé. Mais essayez de courir cette distance de façon ininterrompue si vous avez un style de vie sédentaire, et on en reparlera....

Mon corps a très bien réagi. Je n'avais pas envie d'arrêter de courir avant d'être rendu à destination et non, je ne suis pas arrivé en retard au bureau.

Après deux semaines d'acclimatation, j'avais pris un rythme de croisière stable: une heure de natation à vitesse modérée, presque chaque jour. Efficace. 

*

''Life'', l'autobiographie de Keith Richards. Très différent de ''How Music Works'' de David Byrne dont je vous parlais il y a quelques semaines. Et encore plus impudique.

Richards est ce guitariste de la légendaire formation The Rolling Stones. Je me promettais cette lecture depuis que j'ai su que ce serait publié, en 2010, car je savais que ça pouvait être bon. Mais c'est mieux que ça: tout y passe. Comment accorder les guitares, comment il vit ses relations avec les femmes, la cocaïne, l'héroine et le reste. La route, les autres musiciens, le grand déballage, celui qu'on fait quand il y en a plus de fait que ce qui reste à faire: il aura 70 ans cette année.

L'importance de dire les choses. Pour les partager, pour donner des pistes, pour raconter cette expérience unique, pour mettre les choses au clair de son propre point de vue. Quand on connait déjà des bribes du vécu de Richards, c'est encore plus intéressant, mais ce n'est pas du tout un pré-requis. Même pas besoin d'aimer le rock'n roll, il suffit de s'intéresser à notre époque.

C'est aussi un portrait de l'Angleterre, des USA et de tous ces endroits où les Stones ont travaillé. Plus de six cent pages, et elles défilent à toute allure, j'en aurais pris plus. Un bémol: la traduction en français a été faite par deux rigolos qui s'évertuent à utiliser un français ''cool'' qui, à mes yeux, est ridicule, en plus d'être souvent absolument incompréhensible. Même si j'étais français, je ne pense pas que je comprendrais toutes ces expressions.

''Exile on Main Street'' est un des albums des Stones préférés de Keith Richards. C'est un album que j'avais écouté beaucoup, à l'époque: il a été publié en 1972. Une de mes pièces préférées de cet album double, où on entend Jagger chanter:
''I don't wanna talk 'bout Jesus... Just wanna see his face, just wanna see his face.''