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jeudi 8 janvier 2015

SLOW DOWN!







Tout d'abord, permettez-moi de vous offrir mes Meilleurs Vœux pour l'année 2015. De la qualité, et de la quantité.

*

On ne voit pas ça à Québec. Vous roulez sur le boulevard et soudain, la pancarte avec le feu clignotant jaune est bien visible au-dessus des têtes et ça dit quelque chose comme:



 SLOW DOWN WHEN FLASHING
15 MPH
SCHOOL ZONE


Et là, justement, il clignote, le feu. On dirait qu'un martien, dans un vieux film, a envoyé un rayon verdâtre et mystérieux sur la population terrestre qui débilite toutes leurs machines. Pas au point d'arrêter les voitures, mais presque.

En temps normal ici, sur plusieurs boulevards, la vitesse limite est de 45 mph (approx. 72 km/h). Plusieurs voitures la dépasse impunément, mais là, il y a un consensus, et tout le monde, vraiment tout le monde, ralenti jusqu'à 15 mph. Ou 20 mph gros maximum.

Je ne sais pas ce qui se passerait à Québec si, pour les zones scolaires, on installait de tels feux. Pas en bordure du trottoir, mais bien au-dessus des têtes en plein milieu de la partie supérieure du champ de vision des automobilistes. Parce qu'en ce moment, typiquement, ces zones font passer la vitesse maximum de 50 à 30 km/h aux heures critiques. Et allez voir ce qui s'y passe, à ce moment-là. Vous n'aurez aucune difficulté à en trouver qui roulent au-dessus de 50.





Voici un article publié récemment dans le journal de Québec Le Soleil:


http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/la-capitale/201412/28/01-4831401-six-verdicts-pour-quebec.php


Manque de pistes cyclables utilitaires, cohabitation auto-vélo parfois houleuse, la capitale n'est pas toujours bien perçue dans le milieu cycliste. Or, ce n'est pas faute de cyclistes! Selon l'étude «L'état du vélo au Québec» de Vélo Québec, pas moins de 58 % des adultes de la capitale font du vélo. La pratique du vélo à Québec est même supérieure à la moyenne québécoise (54 %). Non seulement les gens de Québec roulent à vélo, mais ils roulent beaucoup. Les cyclistes d'ici parcourent en moyenne 1000 km par année, bien plus que les 624 pédalés par le Québécois moyen.
D'où vient le problème? Les cyclistes de Québec enfourchent davantage leur vélo la fin de semaine, préférant massivement l'auto pour aller travailler. Selon le Plan de mobilité durable, à peine 1 % des déplacements s'effectuent à vélo - un taux «marginal», précise le plan. En fait, il s'agit d'une part modale médiocre à l'échelle nationale, selon les données du centre de recherche Cycling in Cities de l'Université de la Colombie-Britannique. Saskatoon et Toronto font deux fois mieux. Montréal et Vancouver sont sur ce plan trois et quatre fois supérieures à Québec. À l'autre bout du pays, la capitale britanno-colombienne, Victoria, frôle les 11 % de part modale - un taux 11 fois plus élevé qu'à Québec!
Verdict : Québec est une ville de cyclistes... surtout intéressés par le loisir.





Je peux vous le confirmer: beaucoup de mes clients roulent surtout la fin de semaine. Bien sûr, le vélo utilitaire, celui qui vous amène au travail ou qui vous fait faire des commissions, est populaire. Mais souvent, le client vient me voir le lundi ou le mardi, et n'est pas pressé de récupérer son vélo... avant le vendredi ou le samedi matin.

Il y a de quoi avoir le vertige, parfois. Puis, le mardi soir, on regarde tout ce qu'on a réussi à faire depuis le lundi matin et on se dit qu'on va probablement y arriver, si on continue comme ça. Je pense surtout aux réparations quand je dis ça, mais je ne peux pas rester longtemps sans m'occuper de la fabrication des vélos neufs, car ces derniers demandent chacun un plus gros investissement de temps. Parce qu'on ne parle pas ici du simple assemblage d'un vélo qui arrive au magasin dans une boîte, et dont il ne reste à faire que l'assemblage final. Il s'agit plutôt d'un cadre sur lequel il faut poser la fourche, avant d'installer les roues, le freinage et la transmission, puis la périphérie et les accessoires quand il y en a. Heureusement, je n'ai pas à faire la soudure et la peinture du cadre...

Si je n'avais pas l'impression de rendre service avec tout ça, je ne sais pas ce que ça me prendrait!

*

On m'a prêté le film suivant, la semaine dernière. Un groupe-phare de son époque, avec des tas d'images de l'époque et des points de vue que je n'avais jamais entendus. À voir, assurément.




Et pour rester dans le ton, d'autres citations de l'excellent Chronicles, volume one de Bob Dylan dont je vous parlais dans mon dernier message du 25 décembre.

Il y est question, entre autres personnages, du Canadien Daniel Lanois et de sa relation avec Dylan quand il avait réalisé un album publié en 1989, Oh Mercy.

Lanois was a Yankee man, came from north of Toronto, snowshoe country, abstract thinking. Northerners think abstract. When it's cold, you don't fret because you know it's going to be warm again... and when it's warm, you don't worry about that either because you know it'll be cold eventually. It's not like in the hot places where the weather is always the same and you don't expect anything to change. Lanois's thinking was fine with me. I think abstract, too.

Lanois is technically minded and he's a musician, usually plays on every record he produces. He's got ideas about over-dubbing and tape manipulation theories that he's developed with the English Producer Brian Eno on how to make a record, and he's got strong convictions. But I'm pretty independent, too, and I don't like to be told to do something if I don't understand it. This was the problem we were going to have to work through. One thing about Lanois that I liked is that he didn't want to float on the surface. He didn't even want to swim. He wanted to jump in and go deep. He wanted to marry a mermaid. All that was fine with me.

En fait, c'est à Hull, Québec, que Lanois est né. Il a réalisé des albums de U2 et de Peter Gabriel, entre autres.

Un jour, en Louisiane, Dylan rencontre un autre personnage plutôt coloré, aux opinions bien arrêtées. Cette conversation a probablement eu lieu en 1988.

''You a praying man?'' he said.
''Uh-uh.''
''Good, gonna have to be when the Chinese take over.''
He said it without looking at me. He had an odd way of talking, made me feel like I wasn't in his place at all, like he had just strolled into my place. ''You know, the Chinese were here at the beginning. They were the Indians. You know, the red man. The Comanche, the Sioux, the Arapaho, the Cheyenne, all them people, they were all Chinese. Came over here about the same time when Christ was healing the sick. All the squaws and chiefs came from China, walked across from Asia, came down through Alaska and discovered this place. They became Indians a lot later.''...
...''Trouble was that they split up into parties and tribes and started wearing feathers and forgot they were Chinese.'' Et il continue en disant que si les Européens ont eu le dessus si facilement sur ces Indiens qui n'en étaient pas, c'est qu'ils étaient divisés en tribus et n'ont pas su s'allier pour faire front commun.

Et le bonhomme, qui s'appelle Sun Pie, continue plus loin en disant: ''There's no equality down here. Some of us are special. Some of us aren't. Some down here are tougher and smarter than others, some are weaker and less wise. Can't help it. Can't help how you're born. Some down here make better doctors and some are better victims. Some down here are better thinkers. some down here make better mechanics and better rulers. No one 'round here is a better carpenter than me, but I couldn't be a good lawyer. Can't read law. We're not even equal in our own races, some are at the top and some are at the bottom.''








R.I.P. Wolinski, Cabu et tous les autres. Votre insolence et votre pertinence ont éclairé ma jeunesse. Vous méritiez beaucoup mieux que ça. Beaucoup.


 

samedi 9 février 2013

JUST WANNA SEE HIS FACE...





Conversation avec Colin, hier. Colin est cet artisan du vélo dont je vous ai déjà parlé et qui aime la discrétion: c'est pourquoi je l'ai rebaptisé Colin.

''Quelle industrie débile!'' m'a-t-il dit, en parlant de l'industrie du vélo. ''Maintenant je suis capable d'en rire...'' Il faisait allusion à ces innovations qu'il décrit comme étant des régressions du point de vue de l'ingénierie, avec force explications.

Il y a plusieurs choses dans la liste de ce que Colin n'aime pas, et vous aimez peut-être certaines de ces choses. Il me mentionnait entre autres les freins à disque hydrauliques pour les vélos de route: ils imposent de renforcer les jambes des fourches et les rendre plus raides, donc moins confortables et moins souples. Plus rigides? Pas toujours désirable: on veut quelque chose de plus rigide lorsque ça ne l'est pas déjà assez, ce qui n'est pas le cas pour la plupart d'entre nous, en ce qui concerne les fourches.

Personnellement, je ne veux pas de freins à disque, hydraulique ou pas, étant donné le type d'usage que je fais en vélo. Mes besoins, côté freinage, sont relativement modestes, et je préfère investir le budget disponible dans des systèmes plus abordables et plus légers. Plus simples, aussi.

Le marketing exige une fuite en avant et justifie plus ou moins adroitement (ou pas du tout...) des changements qui créent l'obsolence de ce qui existe déjà. C'est sûrement une des raisons qui explique en partie l'engouement pour les vélos à pignon fixe. Une espèce de réaction face à la pression exercée par les forces du marketing.  En fait, il n'y a pas plus obsolète qu'une transmission monovitesse à pignon fixe.

Dans son livre Bicycle Diaries, David Byrne raconte que son expérience avec un vélo moderne et de plus haute gamme a été peu concluante: la machine était capricieuse et s'est révélée d'un entretien trop exigeant à son goût. Il ne rentre pas dans les détails, et ce serait intéressant de voir exactement ce qui s'est passé dans son cas. Dans mon cas, si vous regardez mes vélos personnels, vous verrez des machines dont les cadres sont résolument modernes, mais dont les transmissions ne correspondent pas aux dernières élucubrations des futurologues de chez ShimaSramgnolo. Ce ne sont pas des pignons fixes, mais ce sont des élaborations iconoclastes qui invitent l'observateur curieux à s'attarder un peu, à réfléchir.

Simplicité, économie, efficacité, légèreté, fonctionnalité, facilité d'entretien et de réparation, disponibilité des pièces, ce sont tous ces critères qui doivent être pris en compte au moment de bâtir le vélo. En offrant du prêt-à-rouler, les compagnies n'ont même pas le choix. Elles doivent suivre les tendances qui sont, en 2013, plutôt extrémistes (sauf exception). Ou bien vous avez dix ou onze pignons, sur le moyeu arrière, ou bien vous n'en avez qu'un.

Heureusement, la réalité est un peu plus souple que ça. Ne vous fiez pas à certains vendeurs qui vous diront que ''ça ne se fait plus''. C'est ce que vous entendrez parfois si vous cherchez des cassettes à sept ou huit vitesses. Il se fabrique encore des roues libres à cinq ou six vitesses!

Ne croyez pas tout ce qu'on vous dit dans les magasins. Les vendeurs ne disent pas tous la même chose. Évitez les vendeurs dogmatiques, et ceux dont le champ d'expérience est limité. Certains n'apprécient qu'une seule sorte de vélo, et voudraient tous nous voir sur ce type de vélo. D'autres vous relègueront aux vélos pépères, en se disant que vous êtes trop pantouflard pour apprécier autre chose. Laissez-vous guider par votre intuition, n'achetez pas trop vite, et ne vous conformez pas à des modes ou à des images.

*

J'étais curieux en partant en vacances pour un mois, de voir comment ma forme physique réagirait à mon jeûne de vélo. J'avais l'intention de nager assidûment, et j'y suis parvenu sans problème. Et je n'ai pas eu besoin d'attendre d'être revenu à Québec pour mesurer le résultat.

Un jour, vers la fin du mois, j'ai eu à courir pour ne pas arriver en retard avant la fermeture d'un bureau où j'avais affaire. À peu près 800 mètres. Ce qui n'est pas beaucoup lorsqu'on est en bonne santé. Mais essayez de courir cette distance de façon ininterrompue si vous avez un style de vie sédentaire, et on en reparlera....

Mon corps a très bien réagi. Je n'avais pas envie d'arrêter de courir avant d'être rendu à destination et non, je ne suis pas arrivé en retard au bureau.

Après deux semaines d'acclimatation, j'avais pris un rythme de croisière stable: une heure de natation à vitesse modérée, presque chaque jour. Efficace. 

*

''Life'', l'autobiographie de Keith Richards. Très différent de ''How Music Works'' de David Byrne dont je vous parlais il y a quelques semaines. Et encore plus impudique.

Richards est ce guitariste de la légendaire formation The Rolling Stones. Je me promettais cette lecture depuis que j'ai su que ce serait publié, en 2010, car je savais que ça pouvait être bon. Mais c'est mieux que ça: tout y passe. Comment accorder les guitares, comment il vit ses relations avec les femmes, la cocaïne, l'héroine et le reste. La route, les autres musiciens, le grand déballage, celui qu'on fait quand il y en a plus de fait que ce qui reste à faire: il aura 70 ans cette année.

L'importance de dire les choses. Pour les partager, pour donner des pistes, pour raconter cette expérience unique, pour mettre les choses au clair de son propre point de vue. Quand on connait déjà des bribes du vécu de Richards, c'est encore plus intéressant, mais ce n'est pas du tout un pré-requis. Même pas besoin d'aimer le rock'n roll, il suffit de s'intéresser à notre époque.

C'est aussi un portrait de l'Angleterre, des USA et de tous ces endroits où les Stones ont travaillé. Plus de six cent pages, et elles défilent à toute allure, j'en aurais pris plus. Un bémol: la traduction en français a été faite par deux rigolos qui s'évertuent à utiliser un français ''cool'' qui, à mes yeux, est ridicule, en plus d'être souvent absolument incompréhensible. Même si j'étais français, je ne pense pas que je comprendrais toutes ces expressions.

''Exile on Main Street'' est un des albums des Stones préférés de Keith Richards. C'est un album que j'avais écouté beaucoup, à l'époque: il a été publié en 1972. Une de mes pièces préférées de cet album double, où on entend Jagger chanter:
''I don't wanna talk 'bout Jesus... Just wanna see his face, just wanna see his face.''