vendredi 29 janvier 2016

MES OUTILS PRÉFÉRÉS.





Un Falardeau Alu9 en version cyclotouriste. Tout est neuf, sauf la selle et les pédales.



Chaque mécanicien de vélo (ou de toute autre chose) a ses outils préférés, sûrement. J'ai pensé vous montrer les miens.

Il y a plusieurs raisons d'aimer particulièrement un outil. Il peut nous faire sauver du temps, ou nous permettre de faire quelque chose qu'on ne peut faire sans lui,  il peut être agréable à utiliser, il peut même être agréable à regarder ou à toucher à cause du métal utilisé ou de la finition de l'objet.



1- Un étau. Comment s'en passer si on travaille souvent sur des vélos? Il me manquerait, pas de doute. Il fait pratiquement figure d'assistant. Ça permet de stabiliser toutes sortes d'objets, y compris d'autres outils comme les extracteurs de roue libre vissée. On s'en sert pour ajuster des roulements de moyeux, pour retirer les pédales d'un pédalier qui n'est pas sur le vélo et bien d'autres choses. J'y installe habituellement mon gabarit de dévoilage Park TS-2.2.

2- La presse à cuvettes de direction. Je pourrais m'en passer en utilisant une longue tige filetée, avec deux écrous et un jeu de rondelles adéquates. Mais je pose des dizaines de fourche à chaque année, et ça vaut vraiment la peine de se procurer cet outil. En prime j'aime voir les cuvettes rentrer dans le cadre progressivement à mesure que je tourne l'outil pour lui faire faire son travail. Accessoirement, cet outil a deux compagnons précieux: le guide de coupe pour la colonne de la fourche (comme le Park SG-6) et le poinçon à écrou étoilé (comme le Park TNS-15). Ces trois outils combinés vous permettront de travailler comme un pro, mais à vous de décider si vos besoins justifient cette dépense.

3- Clés à rochet. J'aurais dû connaître ces clés avant. Elles permettent de sauver du temps. Le gars ou la fille qui a inventé ça mérite une médaille. Ou une pile de cash.

4- Les longues clés hexagonales (Allen, comme les Park PH). On peut s'en passer mais... à ce prix-là ça ne vaut tout simplement pas la peine. Il y a des usages où d'autres clés hexagonales conviennent mieux, mais j'utilise les miennes souvent. La 4 mm, ainsi que la 5 et la 6. J'aime aussi beaucoup la clé hexagonale 5 mm au manche orange que vous voyez sur la photo, elle me permet de serrer au maximum lorsque c'est nécessaire. Mention spéciale pour les E-Force T-Tool de la marque EVO qui semble intéressants, quoique je ne les ai pas essayés personnellement. Toutes les clés hexagonales que je décris dans ce paragraphe sont des outils abordables dont il ne vaut pas la peine de se priver si on travaille souvent sur des vélos.

5- Pour dévoiler les roues, certains aiment les clés à rayons comme les Park SW. Moi je préfère la clé à rayon ronde à plusieurs dimensions, surtout à cause de sa tenue en main. Smart Tool fait une clé à rayon ronde de couleur noire dont les créneaux sont bien coupés et donc très précis, et c'est bon marché.

6- Le gabarit de dévoilage de roues Park TS-2.2. C'est un référence de l'industrie, un modèle très populaire dans les ateliers professionnels. Difficile de s'en passer quand on pris l'habitude de s'en servir. Mauvaise nouvelle: les mécanos amateurs hésiteront devant la facture.





Quelque part en Beauce, dans les Appalaches.


J'ai reçu le courriel suivant dimanche dernier, d'un ami qui roule régulièrement avec moi, mais qui n'est pas encore habitué de rouler à vélo en plein hiver.

Lorsque je suis sorti pour aller chercher du café ce matin, j'étais frigorifié à la simple marche de chez moi au dépanneur...

Je suis très frileux...parfois. Surtout en pleine lune. Donc je ne viendrai pas rouler avec vous en ce beau dimanche.


Voici ma réponse:


Ah là, pour la lune, je ne peux rien y faire. Sinon voici mes trucs pour ces sorties récréatives qui durent au moins trois heures ces dimanches-ci.

  • ​Ce n'est pas un hasard si elles commencent habituellement à midi. Il fait froid à 8:00 heures? On s'en fout, ce sera différent à midi et à 14 heures. Hier, il faisait moins 7 degrés Celsius à 10 heures et moins 4 à l'heure du départ. Et à 8:00 heures, tu peux être sûr qu'il faisait plus froid que moins 7.
  • Ne jamais se fier aux chiffres de météo officielle. L'autre matin, la radio me disait qu'il faisait moins 7 pendant que mon thermomètre extérieur me donnait moins 1.6 degrés. L'écart habituel le plus typique est d'à peu près trois degrés. D'après moi, il y a deux raisons à ça. La station météo officielle pour la Ville de Québec est à l'aéroport, qui est situé dans la banlieue nord de la ville, à une altitude autre que celle du centre-ville où je me trouve. Aussi, si je prends l'information à 8:30 heures, on me donne la température qu'il y avait à 8:00 heures. Donc, autre temps, autre lieu, cette information est inexacte et peut contribuer à me démotiver.
  • Je ne m'occupe pas du facteur éolien. Parce que je ne sors pas avec la peau à découvert. Et parce que je n'ai pas toujours le vent de face. Les méchantes langues disent que ça a été inventé par des médias en mal de sensationnel.
  • La température que nous avons eu hier, finalement, était à peu près la même que celle que nous avons eu ensemble, une semaine auparavant. Et que tu avais trouvé très tolérable, si mon souvenir est bon. 
  • Tu es frileux? Il y a des vêtements pour ça. Et de la nourriture. Étais-tu habillé adéquatement quand tu es allé chercher le café? Si ta mère t'avait vu sortir habillé comme ça, aurait-elle insisté pour que tu t'habilles plus? Avec raison? Je sais que tu n'as plus l'âge pour que ta mère te dise quoi faire, quoique parfois... 
  • Mon expérience me dit qu'il ne faut pas prendre ces décisions sur une base émotionnelle et subjective. Je regarde le thermomètre, je m'habille en conséquence et je sors. C'est tout. Comme dirait Nike: Juste fais-le.
  • J'ai ma limite aussi, il faut la connaître. Pas de sorties récréatives en bas de moins onze ou douze, même si j'en ai fait des longues à moins dix, sans en souffrir, au contraire. Pour l'utilitaire sur courte distance, je préfère encore être à vélo à moins douze. Plus froid, je marche. 
  • Danny De Longchamps, ex-coureur pro, me disait que l'été, il mettait l'accent sur le sel, et l'hiver il insistait sur le sucre. Et j'ai remarqué que le soir, à la fin de ma journée de travail, je suis plus frileux puisque je n'ai pas encore soupé. Avant les longues sorties récréatives, hiver comme été, je mange un solide repas, généreux à tous points de vue (sauf en gras). Ce n'est pas un problème, de toutes façons on ne part pas sur les chapeaux de roue et on ne roule pas à un rythme de coureurs. Chacun trouve ses marques, ce qui fonctionne pour lui. 
À dimanche!

Paul.


C'est un hiver doux à Québec. Cette photo a été prise le 24 décembre 2015 alors que le mercure bien au-dessus de 0 degrés provoquait une brume à certains endroits. Nous sommes en-dessous de 0 degrés la plupart du temps, mais rien d'extrême, surtout quand on compare aux deux derniers hivers. Ça paraît beaucoup sur la facture de chauffage, croyez-moi.



Le cadre est maintenant bleu et noir. La selle aussi, la tige de selle et même le garde-boue arrière. Un porte-bouteille bleu, l'autre noir. On pourrait penser que tout ça a été longuement planifié, ou que ça a coûté cher, mias non, c'est plutôt l'inverse. Et le résultat me plaît bien, je sais pas pour vous.



Publié sur bicycleretailerandindustrynews.com cette semaine, avis aux intéressés:


   St. LAURENT, Quebec - Guru Cycles' assets, including its trademarks and manufacturing equipment, will be auctioned next month. The company told its dealers in December that it was hoping to reorganize after incurring unmanageable debts stemming from a factory move early last year. Owner Ted Matthews told BRAIN this week that attempts to line up an investor were unsuccessful. Guru's remaining staff was let go this week. The company has sold off most of its remaining inventory. Assets that will be auctioned include Guru model name trademarks (but not the Guru name, which is owned by Dorel), and factory and office equipment including a paint booth.


Un classique, revisité par un chanteur parmi les mieux cotés, Kurt Elling. 

vendredi 8 janvier 2016

DE L'ÉNERGIE, DE L'ENTHOUSIASME ET...








Bonne Année 2016 à tous mes lecteurs. Comme Catherine Perrin, je vous souhaite de l'énergie, de l'enthousiasme et... c'était quoi l'autre chose? Je ne m'en rappelle plus, mais ça faisait changement des souhaits habituels.





L'endroit est magnifique en été. La neige étant ce qu'elle est, ce n'est pas moins beau en hiver. Un ami m'a même suggéré d'aller voir si le fait d'y aller avec un vélo approprié serait une bonne idée. Nous nous sommes donc rendus sur place, quelque part au sud-ouest de Sainte-Marie-de-Beauce, pas très loin de la Ville de Québec.

L'idée était d'évaluer le terrain, voir si les routes sont entretenues et, si oui, à quel point. Pas les sentiers, mais pas non plus les routes passantes qui sont utilisées par les automobilistes dans leurs déplacements courants entre villes et villages. Au Québec, on appelle ça des rangs, petites routes plus ou moins larges et peu fréquentées. En Beauce (la Beauce québécoise), il y en a beaucoup de ces petits chemins où on rencontre une voiture aux vingt minutes et il n'y a souvent même pas de maisons. Que des chalets et/ou des érablières.




Le verdict, c'est que ça semble très possible. Mais pas avec les même pneus que j'utilise en été dans cette région, qui n'ont que 28 mm de large. Non, il faudrait plutôt des pneus de vélo tout-terrain, autour de deux pouces. On pourrait aussi prendre un vélo gras (aka fat bike), mais j'aurais peur d'avoir quelque chose d'excessif et un peu lourdaud, car il y a peu de terrain plat par là-bas. Je suis bien prêt à l'essayer, mais je suis sceptique.

Non, je me verrais plutôt avec un vélo de montagne classique, avec des manettes de type thumbshifter,  étant donné l'énormité de mes mitaines, qu'on appelle mouffles en France, si je ne m'abuse. J'ai les mains au chaud même par -10 deg. Celsius, mais pour la motricité fine, non, je n'en ai pas.



Comme vous pouvez le voir sur les photos, le décor est féerique. L'atmosphère est très paisible, les sons sont un peu étouffés par la neige et le sol est texturé par la neige omniprésente. En roulant en vélo sur la neige, je le sais par expérience, on lit le terrain constamment, et la route est une suite de sensations changeantes et sans fin.

Certains chemins ne sont pas entretenus en hiver, les plus petits, ceux où il n'y a pas de résidences. Pas surprenant, de toute façon c'est plutôt un univers pour les motoneiges et les déplacements silencieux tels que la raquette. Mais avec les routes entretenues, il y aurait largement de quoi passer de longs moments à explorer et savourer. Quitte à faire demi-tour à certains endroits où, en été, on pourrait changer de route pour faire une boucle. Pas grave.

Il ne me reste donc qu'à me procurer un vélo approprié, puisque je n'ai rien dans mon écurie qui soit vraiment adéquat. Quitte à le revendre promptement à la fin de l'hiver si je ne compte pas continuer l'expérience l'hiver prochain.

Mais pourquoi, me direz-vous, ne pas faire plutôt du ski ou de la raquette ou tout autre sport typique de l'hiver? Parce que, d'un côté, il est fréquent que la neige se fasse attendre en début d'hiver, du moins en quantité suffisante pour que la marche soit impossible et que le ski soit faisable sans abîmer son équipement. Et d'un autre côté, le fait de rouler bien équipé dans un tel environnement me paraît très attirant. Je pense que les photos sont éloquentes à ce sujet. Surtout qu'il y a vraiment très peu de voitures qui circulent là.



Si vous pouvez comprendre le commentateur, dans la vidéo ci-dessous qui est en anglais, vous pourriez apprendre des choses, ou à tout le moins faire évoluer votre opinion sur certains aspects de votre vélo. Quelques petits commentaires personnels:

  • Lorsqu'il suggère de nettoyer sa chaîne régulièrement, il ne veut pas dire une fois par année. Si vous voulez une chaîne propre, vous n'aurez pas le choix, vous devrez le faire souvent. Sinon, sa suggestion de lubrification semble plus être axée sur un entretien de la souplesse de la chaîne plutôt qu'une lubrification des surfaces de contact de la chaîne avec les pignons et plateaux.
  • Lorsqu'il suggère une pression de 90 ou 100 psi pour vos pneus, il parle évidemment de pneus de dimension 700 x 23, le standard des vélos de route/course modernes. Certains utilisateurs de ce genre de vélos ne jurent que par des pressions élevées, typiquement entre 120 et 140 psi. Ces derniers ayant comme argument qu'ainsi le vélo sera plus rapide. Mais à quel point? Je n'ai jamais vu de chiffres là-dessus, mais je soupçonne qu'il s'agirait de micro-différences insuffisantes pour justifier les inconvénients liés à une telle pratique. Tout au plus, les cyclistes les plus lourds, ou ceux qui sont confrontés à des enjeux passablement plus sérieux que les miens... Je me contente de 115 psi sur un tel vélo, et ça ne m'angoisse pas de savoir que dans deux semaines il y en aura moins.
  • Il y a une décision à prendre quant à la qualité des outils que vous achetez. Si on regarde l'acier utilisé dans la confection d'outils tels que ceux de la marque asiatique Li Fu, on voit bien que l'espérance de vie est moindre que celle de certaines marques dont les outils sont nettement plus dispendieux. Vous devez donc choisir, en vous basant entre autres choses sur la fréquence d'utilisation. Si vous optez pour un outil économique, après un certain temps, vous aurez peut-être intérêt à vous en procurer un neuf à cause de l'usure qu'il aura subi. Par contre, certains outils servent peu dans la vie d'un mécano amateur et peuvent se contenter d'une qualité moindre. Il en va autrement dans le cas d'un atelier professionnel, et à plus forte raison si plusieurs personnes utilisent le même outil. 








Je suis heureux que le vélo soit positif pour l'environnement. Par contre, si je suis honnête avec moi-même, je dois admettre que ce n'est pas la raison première qui me pousse à me déplacer en vélo presque tous les jours.

L'indépendance, le plaisir, l'air frais, le mouvement, l'exercice, voilà mes principales raisons depuis le début. L'économie, la capacité d'entretenir ma machine aussi. Bien sûr, je ne suis pas indifférent à la question de l'environnement, il faudrait être vraiment ignorant pour ça.

L'article suivant, publié dans le journal britannique The Guardian, nous parle des prédictions du scientifique britannique James Lovelock, qui a déjà eu du succès à prédire à long terme l'évolution de la situation.


http://www.theguardian.com/theguardian/2008/mar/01/scienceofclimatechange.climatechange


Est-ce que je suis surpris de ce que j'ai lu dans cet article? Non. Disons qu'il ne fait que confirmer mes impressions, sur lesquelles je ne pouvais pas mettre de chiffres comme il le fait.

Je ne me hasarderai pas à commenter cet article. Mon point de vue de profane n'ajouterait pas grand-chose et vous êtes parfaitement capable de vous faire une opinion sans moi. Je me contenterai de dire que je risque de me rappeler longtemps du contenu de ces quelques paragraphes. Et si le personnage et sa pensée vous intéresse, vous pourrez facilement trouver des choses intéressantes sur youtube.com en tapant une recherche "James Lovelock". Comme par exemple, ceci, qui a probablement été diffusé à la télévision anglophone de Radio-Canada:





C'est maintenant officiel, la compagnie québécoise de vélos Guru a déclaré faillite le 21 décembre 2015. Spécialisée dans les vélos de route de haut-de-gamme, la marque subissait entre autres choses les effets de ce marché particulièrement difficile, où la compétition est féroce. Non seulement entre les marques, mais aussi entre les détaillants, physiques ou virtuels. Même si ce n'est pas là la seule cause de leurs malheurs.

Depuis 2012, la marque était devenu la propriété de la compagnie montréalaise Dorel, qui s'est investie lourdement dans le vélo ces dernières années par l'acquisition de Cannondale, Sugoi et Caloi, entre autres choses. Dorel fait partie des créanciers de Guru en ce moment, et il sera intéressant de voir si Dorel va ressusciter le nom. Si c'est le cas, il y a fort à parier que la culture d'entreprise va changer, car la tradition de fabrication locale était bien implantée chez Guru, ce qui n'est pas le cas de Dorel.


Justin Kauflin: "For Clark"

vendredi 18 décembre 2015

IL Y A 90 ANS.





Dans le secteur du Lac des Roches, au nord de la Ville de Québec, 6 décembre 2015.



J'écris ceci à l'heure où la première blancheur de l'hiver persiste au sol. Ce que Juliette m'a raconté confirme ce que Duke Ellington sait depuis longtemps: les choses ne sont plus ce qu'elles étaient.

Elle est née en 1918, et se rappelle de son enfance à Saint-Raymond-de-Portneuf. Il s'agit d'un village au nord-ouest de Québec qui s'est développé à partir des années 1820. Il est situé à environ 60 kms de Québec et a maintenant le statut de ville. Les hommes qui ont fondé le village, au 19ème siècle, s'y sont installés pour récolter le bois qui y était abondant, et très important pour la construction de la flotte des navires anglais, entre autres choses.

 À ce temps-ci de l'année, les cyclistes hivernaux de Québec donnent leurs premiers tours de roues avec leur monture d'hiver. Ce serait très différent s'ils étaient transportés à Saint-Raymond il y a cent ans, car il n'y avait pas d'entretien de la voie publique en hiver à cette époque-là. Pas de sel pour faire fondre la glace, pas de déneigeuse pour déblayer la neige fraîchement tombée.




Ce qu'il y avait, c'était des voitures tirées par des chevaux, et leurs skis ou leurs patins écrasaient la neige et faisaient en sorte que l'accumulation de neige n'augmente pas de façon excessive dans les rues. Et la neige, il y en avait beaucoup, donc pas question de sortir son vélo durant l'hiver.

Autre petit détail qui a son importance, les routes et les rues n'étaient pas asphaltées à cette époque-là. Et si ça ne posait pas de problème en hiver, je vous laisse imaginer ce à quoi ça pouvait ressembler quand le printemps arrivait! La boue envahissait les rues et il ne fallait pas s'habiller trop chic si on voulait traverser la rue à pied... En fait, même la route pour aller à Québec n'était pas asphaltée, et on n'y allait pas sans avoir de bonnes raisons.

L'épicerie était à deux cents mètres de chez Juliette, et on y allait à pied. C'était normal. À moins qu'elle ait oublié que la voiture à cheval de la famille de six enfants était utilisée parfois pour faire les achats les plus gros. Car son père avait une voiture à cheval qui était utilisée pour transporter la production de son usine de produits du bois jusqu'à la station de chemin de fer pour l'expédier partout au Québec, de la Gaspésie et la Côte-Nord, jusqu'en Abitibi.

Donc, pas de vélo en hiver, et pas de vélo au printemps. Je crois bien que j'aurais apprécié les chevaux, si j'avais vécu à cette époque-là. Elle me dit qu'il n'y avait tout simplement pas de vélos à Saint-Raymond durant sa jeunesse, mais les patins à roulettes étaient très appréciés des enfants qui les utilisaient sur les trottoirs qui étaient en bois ou en ciment.


Mon Falardeau d'hiver, au-dessus de la Rivière Saint-Charles.


Et si, à l'époque, j'avais été un bon client pour les vendeurs de chevaux, j'aurais peut-être fait affaire avec Jean-José Plamondon, qui était maquignon. Vous connaissez Jean-José? Moi non plus. C'était le père de Luc Plamondon qui a composé tant de chansons très connues (Diane Dufresne, Starmania, Céline Dion, etc.). Il semble par contre que les maquignons avaient souvent des différents avec leurs clients, car ce M. Plamondon était un client régulier de l'avocat Pierre Letarte qui a marié la soeur de Juliette, Yvonne. Cette dernière m'a d'ailleurs raconté avoir de très bons souvenirs d'avoir fait du vélo pour se déplacer pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il n'y avait pas qu'en France où le carburant était rationné, c'était également le cas au Canada.

Les avocats de l'époque avaient eux aussi une réputation controversée. Une réputation d'être des voleurs, pour tout dire. Les professeurs,eux, avait la réputation d'être des pauvres, ce qui était possiblement mérité dans ce temps-là. Barthélémy, le père de Juliette et Yvonne, avait interdit à ses filles de marier un avocat ou un professeur pour ces raisons. Devinez ce qu'elles ont fait? Vous savez déjà qu'Yvonne a marié un avocat, et Juliette a marié un professeur. Et ni l'un ni l'autre ne s'est révélé être particulièrement voleur ou pauvre.

Barthélémy, au début du vingtième siècle, a été propriétaire d'un magasin général à Saint-Raymond. On y vendait de tout, ou presque. Mais pas de vélos, probablement à cause de la trop faible demande. On y vendait pourtant de la quincaillerie, et j'ai connu une époque où il était courant pour les quincaillers de vendre des vélos. Non, on y vendait des fruits et légumes, des cercueils de fabrication locale et on y trouvait même une chapelière qui officiait sur place. Il s'est départi de cette entreprise pour se tourner vers la production de pièces de bois telles que les manches de hache, de balai, de lavette, etc.




Juliette a souvenir d'un homme qui allait travailler en vélo à tous les jours à Chute-Panet, à quelques petits kilomètres à l'ouest de Saint-Raymond. Un hurluberlu? Non. Même s'il était inhabituel qu'un travailleur se déplace de cette façon à Saint-Raymond, il avait plutôt la réputation d'être un homme tranquille, le genre dont on dit qu'il "fait sa p'tite affaire".


Et maintenant, la Ville de Saint-Raymond est un peu devenue une ville de vélo, à la belle saison, parce que la voie ferrée a été transformée en piste cyclable. Les gens viennent de Québec et s'y arrêtent pour faire une pause et profitent de ses différents restaurants. Ceux qui le veulent peuvent continuer jusqu'à Rivière-à-Pierre qui est et restera toujours un petit village, le dernier avant La Tuque et le Lac Saint-Jean beaucoup plus au nord. Un petit village, à moins qu'on y trouve du pétrole, chose improbable et que je ne lui souhaite pas.




Le pneu a attendu que je retire la punaise pour se dégonfler...



Si la Ville de Québec vous intéresse, lisez ceci, on y parle de l'annonce faite par la municipalité sur ses intentions face au réseau cyclable local.

http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/transports/201512/08/01-4928987-9-millions-pour-raccorder-le-reseau-cyclable-de-quebec.php


Un Fat Bike vendu avec une notice paradoxale: WARNING  This bicycle is not designed for off-road use...
En cas de poursuite judiciaire contre la compagnie de vélo, une notice comme celle-là tiendrait-elle la route? Regardez son pneu avant, en bas à droite dans la photo. Avec un pneu comme ça, il est conçu pour quoi exactement ce vélo?





Ça vaut le détour. Une autre sorte de Championnat d'Europe, la sorte que personne ne veut gagner. Relayé par velomag.com et David Desjardins.

Essayez de regarder ça sans rire.









Les cyclistes, souvent, ne soupçonnent pas à quel point leur vélo est en mauvais état. À gauche, vous pouvez voir une couronne de billes de direction toute neuve. À droite, il s'agit d'une couronne jadis identique, que j'ai retiré d'un vélo cette semaine. Le vélo en question avait tellement été exposé à la pluie la nuit, au repos, que la potence contenait une quantité d'eau non négligeable.Heureusement qu'elle était en aluminium, sinon elle aurait pu rouiller sournoisement, par l'intérieur.





La compagnie montréalaise Guru a connu une année 2015 difficile. Un déménagement coûteux qui a nui à sa capacité de production l'a obligé à ouvrir un dialogue avec ses banquiers. Le magazine Bicycle Retailer and Industry News a rapporté la nouvelle, à laquelle un lecteur, également détaillant de vélo, a réagi:

Douglas Baumgarten · 

This is unfortunate, but not unexpected. As a Guru dealer, I appreciate what the company does to maintain quality and develop wonderful bicycles -- for a small company, they try very hard to keep up with the latest tech...building some super light carbon frames and nice triathlon frames. The problem is simple - price competitiveness. Guru has done their best to develop a few non-custom frames, but they just can't compete on price with the big boys who churn out Chinese frames by the thousands. And the current market is nothing if not price-conscious...we have trouble selling anything that costs a little more, regardless of quality (unless it's seen under the butts of numerous pro riders). I hope they will survive, but the market trends are inexorable.



Tiré du documentaire sur le studio Muscle Shoals, en Alabama, la chanteuse Alicia Keys.




lundi 23 novembre 2015

À PROPOS DES SOUDURES.







Le fleuve Saint-Laurent à Québec, vu de Lévis, novembre 2015.


Si vous avez le souci de ce que vous respirez lors de vos déplacements urbains, vous trouverez intéressante cette expérience qui a été menée à Hong Kong, qui, comme beaucoup d'autres grandes villes asiatiques, n'est pas qu'un jardin de roses.

Simplement, on a fait trois équipes de deux personnes, chacune équipée d'un sac à dos muni d'un système de détection des particules polluantes en suspension dans l'air. Il s'agissait d'un parcours prédéterminé, point A à point B.

Une équipe partait en taxi, une autre utilisait un cocktail de transports en communs incluant le métro, et la dernière marchait. Quelle équipe a enregistré le plus de polluants?

On pourrait penser que les marcheurs ont subi davantage, mais ce n'est pas le cas. Au contraire, car ils ont pu emprunter les rues secondaires, qui sont celles où il y a le moins de voitures, donc de moteurs actifs. Et ce sont ceux qui se déplaçaient en taxi qui ont enregistré le plus de particules, étant donné leur parcours concentré sur les grands axes.

Une raison de plus pour établir le parcours cyclable est-ouest de la haute-ville de Québec ailleurs que sur le boulevard René-Lévesque, pour ceux que ça concerne. Quoique René-Lévesque a des progrès à faire avant de devenir aussi pollué que Hong Kong même si René Lévesque, le vrai, de son vivant, fumait comme une cheminée. Il voulait un Québec indépendant, mais lui-même était plutôt dépendant...


Si vous habitez dans la Ville de Québec, le www.velurbaniste.com nous transmet des nouvelles concernant le réseau cyclable. Vous pouvez consulter le:  http://velurbaniste.com/2015/10/21/bilan-des-12-chantiers-cyclables-de-2015/

Il soulève également une aberration du réseau cyclable, la fermeture des pistes et bandes le 31 octobre à chaque année. Je dis fermeture avec des guillemets, parce que ça concerne surtout des axes où le stationnement est permis à partir de cette date, jusqu'au printemps suivant.
http://ici.radio-canada.ca/regions/quebec/2015/10/30/003-pistes-cyclables-entretien-ville-quebec-usager-route.shtml

Dans l'article ci-dessus, on peut voir des photos qui permettent à ceux qui ne sont pas familiers avec Québec de constater qu'à part le froid, qui n'est pas un véritable obstacle en soi, rien n'empêche de circuler en vélo de façon sécuritaire et agréable. En novembre, ici, la température maximum se maintient généralement entre 0 et 10 degrés Celsius, sauf exceptions. Et les accumulations de neige au sol sont rares, et rarement durables.

En ce qui concerne le maire de Québec, Régis Labeaume, il a déclaré qu'il allait voir à combien s'élèveraient les coûts additionnels occasionnés par cette extension de la saison cycliste. Des fois que le stade municipal aurait avalé tout le budget disponible. Si vous ne le connaissez pas, le voici dans une conférence de presse au stade en question. Ceux qui ne sont pas familiers avec l'accent et l'humour du Québec vont peut-être s'y perdre mais tant pis, faut c'que faut! Et si vous ne connaissez pas le maire Labeaume, c'est celui qui fait la promotion du funiculaire au début.




Ceux qui ont lu mon message précédent auront appris que certains réfugiés souhaitant se rendre en Europe arrive par la Russie, et n'ont pas le droit de traverser à pied. Ils choisissent donc le vélo dans beaucoup de cas. Qu'adviendra-t-il de tous ces vélos russes qui aboutissent en Norvège?

http://www.theguardian.com/world/2015/nov/18/bicycles-syrian-refugees-enter-norway-russia-destroyed


Un commentaire a été laissé par un lecteur au sujet de mon dernier message qui parlait de la fabrication des cadres soudés:

Allons Paul, tu sais très bien qu'un vélo et même un cadre est plus que seulement une question de soudure!

Il a raison: je le sais très bien, même si mon texte pouvait donner l'impression du contraire. La géométrie, les dimensions, le jeu de tubes entre autres choses, ont un impact majeur sur ce qui se passera sur la route. La dynamique, les sensations, le comportement en courbe comptent pour beaucoup dans le résultat final.

En fait, ce n'est pas seulement la soudure elle-même qui est cruciale, mais aussi les conséquences de ce travail de soudure. Si on n'a pas de familiarité avec le métal en général, on peut imaginer facilement que cette chose est figée et sans vie. Mais non seulement les métaux sont malléables, à divers degrés, mais ils réagissent à la chaleur très élevée lors de la soudure. C'est là que je voyais un potentiel de détérioration du cadre, mais avec la réserve qui s'impose à quelqu'un qui, comme moi, ne soude pas personnellement les cadres que je conçois.

D'un travail bâclé peut résulter un mauvais alignement du cadre qui peut lui nuire vraiment. Possiblement aussi une accumulation de stress qui enlève de la vie au cadre.





Le lecteur qui a laissé ce commentaire s'appelle Guillaume Désy. Cycles Golem, c'est lui. Il fabrique des cadres en acier, sur demande, dans la tradition des cadreurs locaux. Petit volume et service personnalisé. 
Nous avons eu une conversation ensemble, lui et moi, la semaine dernière, et c'est frappant de voir à quel point nous sommes d'accord sur un tas de choses concernant les cadres et l'industrie du vélo en général. Je parlais dans l'article d'un artisan québécois qui avait fait dans le passé des cadres décevants mais je ne l'avais pas nommé. Guillaume a deviné de qui il s'agissait, et il n'est pas le seul.
Un résumé en vrac:
  1. Une bonne partie des connaissances dans ce domaine ont un caractère empirique et spéculatif. Il se fait peu de recherche scientifique sur le sujet, parce que ça coûterait cher. Les cadreurs doivent donc expérimenter, supposer et observer tout au long de leur carrière.
  2. L'attitude du cadreur est importante. Combien de cadres a-t-il essayé`et possédé? Est-il curieux, a-t-il l'esprit scientifique, ouvert? Ou, au contraire, borné, satisfait et peu enclin à progresser? Ça peut faire toute la différence
  3. La rigidité extrême n'est pas une qualité, à moins d'en avoir besoin. Et qui en a besoin? Trop, et le cadre est raide. Pas assez, et il pourrait aller jusqu'à vous inquiéter. Elle doit être adaptée à vos besoins et votre gabarit. 
  4. Les soudures n'ont pas tendance à briser. Lorsqu'un cadre cède, c'est ailleurs, le long d'un tube. Et, en général, ceux qui brisent des cadres sont de gros utilisateurs, ou ils ont des habitudes un peu violentes. Il y a des exceptions, mais elles ne sont pas nombreuses.
  5. On voit à Montréal des vélos qui sont passés entre des mains créatives. Les mécanos ou même les cyclistes se permettent toutes sortes d'audaces et de fantaisies dans le mariage des pièces et des cadres. Les vélos qu'on croise dans la Ville de Québec sont généralement plus conservateurs, plus conformes au diktats du marketing de leur époque respective. Ceci dit, nous préférons quand même vivre à Québec, moins grosse, moins étendue. Personnellement, j'aime pouvoir sortir de la ville aussi facilement. Et en plus, les parcours possibles sont vraiment nombreux. 
  6. À l'image des vélos qui y circulent, les boutiques et magasins de vélos de Québec manquent, à notre avis, d'originalité. Ils se contentent de vendre des vélos produits ailleurs, selon la formule classique, sans chercher plus loin. Ils ne réalisent pas l'intérêt qu'il y a à produire sa propre marque, les nombreuses raisons qu'il y a de le faire. Dans la plupart des cas, ceux qui ne vendent pas les vélos des trois géants (Giant, Trek et Specialized) aimeraient bien pouvoir le faire. Ou, comme plan B, les marques commanditaires des équipes professionnelles. Sinon, les marques de second plan sont leur plan C. Faut savoir qu'ici, au Canada, les fabricants ne sont pas intéressés à être représentés dans tous (ou presque) les magasins simultanément, par peur d'une guerre de prix qui serait un problème étant donné les faibles marges de profit sur les vélos neufs. On évite la proximité pour la même marque. La guerre des prix est alors transposée entre marques, on se bat pour des parts de marché, sans amener beaucoup de personnalité, d'individualité. "Nous vendons les meilleurs vélos, nous avons le meilleur service!" Quand tout le monde dit la même chose, qui a raison? Le consommateur doit se faire une opinion lui-même, ou demander à ceux qui en ont une, éclairée si possible...
  7. Les pneus de 28 mm de largeur (700 x 28) sont chouettes. Ne les sous-estimez pas, ils sont un bon compromis entre le confort et la performance et ajoutent de la polyvalence. Les vélos de route/course, équipés de pneus de 23 mm, sont fantastiques. Optimisés, performants, ce sont malheureusement des vélos très spécialisés, pas très polyvalents et plus ou moins à l'aise sur nos routes québécoises moins-que-parfaites. Population restreinte + grand territoire = budget de voirie insuffisant. Vive la gravelle. Ceux qui en parlent en mal, souvent, la connaissent mal.  Vous seriez surpris de voir le nombre d'anciens pros qui aiment la gravelle et les pneus de 28 mm. Andrew Hampsten, Greg LeMond, Bob Roll et Michael Barry, pour ne nommer qu'eux.
  8. Au début, Guillaume et moi étions italianophiles. Plus maintenant. Bien sûr, il se fait de bonnes choses en Italie. Mais si vous faites des affaires avec eux, attendez-vous à en voir de toutes les couleurs. Ce n'est pas propre au monde du vélo. Ce pays, malgré tout son charme, est un peu chaotique. Regardez son système politique, son système juridique, ses scandales d'huile d'olive, ses voitures. Some good ideas, badly put together, disait un commentateur, à propos de certaines de leurs voitures de haut-de-gamme, fières et orgueilleuses. Ceci dit, Guillaume a de bons souvenirs, comme ce cadre Tommasini, et certaines pièces. Dans mon cas, certains cadres, certains moyeux, des vêtements.

*


Il me reste trois vélos déjà bâtis à vendre dans mon inventaire. Je les réduis de 100$ chacun. Détails sur demande.



Robert Glasper:

vendredi 30 octobre 2015

RIGIDITÉ CADAVÉRIQUE.








Près de Saint-Malachie, dans la Beauce québécoise, le 12 octobre 2015. Vingt degrés Celsius.




On connaît tous la réputation des Pays-Bas comme étant un des pays où le réseau cyclable est le plus développé au monde. Ce qu'on connait moins, c'est le point de départ de ce réseau. C'est très simple: à tous les jours, des enfants étaient tués par des automobilistes dans ce pays à la très forte densité de population. Il a fallu se rendre à l'évidence: des vélos et un réseau sérieux pour stimuler la popularité du cyclisme.

Ils ont mis le paquet. On a mis une piste cyclable (pas une bande, mais bien une piste) partout où c'était physiquement faisable, quitte à changer l'aménagement de la voie publique. Ça a marché, et ce n'était pas un luxe, car il y a encore plus d'habitants qu'auparavant. En fait, il y a tellement de cyclistes qu'on y trouve même des cas de rage au guidon sur une base régulière... On ne voit pas ça souvent à Québec! L'article suivant est tiré du site du journal britannique The Guardian.

http://www.theguardian.com/environment/bike-blog/2015/oct/22/what-i-learnt-from-a-month-cycling-in-the-netherlands

En fait, pour peu qu'on s'intéresse à ce qui se passe dans le monde, le journal The Guardian est un des plus intéressants, si on se débrouille en anglais. On y trouve de tout, comme par exemple ces articles publiés la semaine dernière.

http://www.theguardian.com/lifeandstyle/2015/oct/24/tom-jones-fame-allows-you-to-release-things-in-you-its-like-drink

http://www.theguardian.com/commentisfree/2015/oct/23/loneliness-health-dangerous-old-age-death

http://www.theguardian.com/world/2015/oct/23/frankly-disgusted-british-cyclist-challenges-xi-jinping-supporters-paul-powlesland

Et aussi cet article publié hier, particulièrement intéressant pour ceux d'entre vous qui veulent un vélo gratuit:

http://www.theguardian.com/world/2015/oct/30/bike-shortage-stems-flow-of-migrants-using-russian-arctic-route-to-europe


De la neige sur Québec, six jours plus tard, le 18 octobre 2015. Pas d'accumulation au sol, mais on peut la voir dans l'air, si on clique sur la photo.


J'ai eu une conversation, la semaine dernière, avec un professeur de soudure. Plusieurs d'entre vous auraient aimé entendre cet échange. Ça aurait même valu la peine d'être filmé, si j'avais ce qu'il faut. Mais à défaut de ça, voici un bref aperçu de l'échange.

Lui: "Il y a deux sortes de soudures: homogène, ou hétérogène. On peut souder en faisant fondre les deux choses à joindre avec ou sans l'apport d'un métal différent des deux parties. S'il y a un métal différent, il aura l'effet d'une colle. Cet autre métal n'a pas la même température de fusion que les pièces principales et donc ne réagira pas à la même vitesse qu'elles, à la chaleur de la torche à souder."

Moi: "Dans les années '80 et '90, un artisan québécois qui soudait des cadres en acier avait une bonne réputation. J'en ai essayé au moins deux, et ils étaient moches tous les deux. J'ai aussi vu ça dans un cadre asiatique vendu sous un nom québécois. Ces trois cadres semblaient sans vie, raides. On se met debout pour sprinter et le cadre n'a pas de dynamique (c'est probablement un peu difficile à comprendre pour qui n'en a pas fait l'expérience). Et en parlant avec des cyclistes expérimentés, il m'est arrivé d'avoir confirmation de ce que je dis à propos de cet artisan québécois. Dans le cas du cadre asiatique, il était plus cher qu'un autre cadre de la même marque obtenu précédemment, mais beaucoup moins agréable. Oui: de la même marque, plus cher, et moins agréable. Par contre, le fait que les deux cadres soient de la même marque (occidentale) ne veut pas dire qu'ils avaient été fabriqués par la même compagnie (asiatique).

Est-ce que ça pourrait être dû au fait que le cadre soudé dans un gabarit (en anglais: jig) accumule une tension occasionnée par la chaleur de la soudure et que cette tension demeure dans le cadre durant toute sa vie, parce qu'il n'est pas libre de bouger dans le gabarit?"

Lui: "Oui, si les traitements post-soudure ne sont pas appliqués selon les règles. Les recettes sont très établies, autant pour l'acier que pour l'aluminium, et certains ont payé cher pour ne pas les avoir suivies. De plus, les artisans sont souvent moins bien équipés que les gros ateliers pour procéder à la fabrication de cadres de vélo. Normal, certains équipements sont très dispendieux et ne peuvent être amortis que grâce à un volume de production suffisant.

Après la soudure du cadre d'acier, un traitement thermique spécifique "détendra" le cadre et en fera un produit fini plus ou moins prêt à être peint."




J'ajouterais que, surtout dans les années '70 et '80, mais même encore aujourd'hui, une partie importante de la clientèle d'un tel artisan pouvait être plutôt ignorante de ces subtilités et se fiait trop à la réputation du cadreur ou à celle des tubes Columbus pour donner une qualité appréciable au cadre. Je dis souvent qu'on ne peut pas faire un bon vélo avec un mauvais cadre, mais qu'on peut faire un mauvais vélo avec un bon cadre. De même, on peut faire un mauvais cadre avec de bons tubes, mais on ne peut faire un bon cadre avec de mauvais tubes.

Donc, il ne suffit pas de voir une étiquette sur le cadre certifiant qu'il a été fabriqué avec des tubes de haut-de-gamme pour déduire que le cadre sera agréable. Ceci est très important pour les acheteurs de cadres vintage, c'est-à-dire du siècle dernier, qui seraient tentés de sauter aux conclusions sans avoir fait un essai routier qui pourrait, on non, s'avérer très décevant. Certains cadres asiatiques de cette époque peuvent par contre se révéler être très agréables, malgré l'absence de pedigree ou de prestige. Pour évaluer cela, il faut non seulement en avoir fait l'essai, mais aussi avoir essayé un certain nombre d'autres cadres qui serviront de points de comparaison. De plus, il faut que le degré de rigidité du cadre soit bien adapté aux besoins de l'utilisateur, compte tenu de son gabarit personnel. Ce qui est trop rigide pour un, sera peut-être parfait pour un autre. Contrairement à ce que la publicité pourrait faire croire, la rigidité n'est pas toujours désirable, elle doit vous convenir, à votre gabarit et à votre puissance.

J'ai fait lire ces quelques paragraphes par "Lui", pour m'assurer que je ne disais pas trop de bêtises. Il s'est contenté d'ajouter ce qui suit:

"Notes:
Les traitement thermiques après soudure sont obligatoires pour les cadres en aluminium.
Ils sont moins importants pour les cadres en acier."

Si vous voulez en apprendre un peu plus sur l'aluminium, vous pouvez regarder la vidéo suivante. Notez que sur les vélos, la grande majorité des tubes Reynolds sont faits à base d'acier.






De temps en temps, lorsque nécessaire, je change un câble/gaine sur mon propre (un peu sale) vélo d'hiver. J'en profite pour écouler des gaines qui ne sont habituellement pas de la même couleur d'une fois à l'autre. Quatre gaines, quatre couleurs...



Vente Spéciale du Centenaire de Falardeau: je solde tous les maillots, chandails et t-shirts en magasin à 10$ + taxes. Tout l'automne. Pas d'exception.


Je n'ai jamais joué de guitare, je n'ai aucun talent pour ça. Et pourtant, je trouve fascinant d'écouter et de voir ce vieux pirate en parler.






vendredi 16 octobre 2015

DIGRESSIONS.








Les différents travaux de restauration avancent, mais ne sont pas complétés, comme on peut le voir sur la photo ci-dessus. Je vous en montrerai plus, plus tard.



Sacré Kim! S'il n'existait pas, il faudrait l'inventer. Ou peut-être pas, si vous demandez l'opinion des gens qui croupissent dans ses prisons.

En tout cas, le fait qu'il ait fini deuxième durant une étape du Tour de France relève vraiment de l'exploit, compte tenu de sa masse adipeuse. Je l'aurais plutôt vu travailler comme mascotte publicitaire pour la compagnie des pneus Michelin...


http://www.legorafi.fr/2013/07/09/quand-la-television-nord-coreenne-affirme-que-kim-jong-un-participe-au-tour-de-france/

Permettez-moi une première digression mettant en vedette l'irrévérencieux Bill Maher. Dommage qu'il ne soit pas Québécois, celui-là. J'aimerais bien l'entendre nous parler d'André Arthur, du Doc Mailloux et du visqueux Dan Gagnier.

https://www.youtube.com/watch?v=_hE38OtocAQ

Vous connaissez Rick Mercer? Il sévit depuis quelques années sur les ondes de la télévision radio-canadienne. Steve Bauer, lui, pour les vieux amateurs de course cycliste, n'a pas besoin de présentation.




Le sujet suivant n'a pas de lien avec le cyclisme, si ce n'est que le niqab est très efficace pour protéger des insectes lorsqu'on pédale. Mais les circonstances électorales présentes, au Canada, m'ont donné le goût de vous montrer ceci:




Ça non plus, ça n'a rien à voir avec le cyclisme, mais ce serait dommage de bouder son plaisir. Le Suisse Érik Truffaz et son quatuor.





vendredi 2 octobre 2015

UN DÔME DE LAVE.








En dehors de ma production de vélos neufs de marque Falardeau, à travers toute la quantité de réparations faites sur des vélos souvent banals, on m'apporte de temps en temps des machines qui sortent de l'ordinaire. À cause de mon âge canonique, je ne peux m'empêcher de remarquer les plus intéressants parmi tous ces vélos dont l'âge varie beaucoup. Entre autres celui qui est tombé sous mes yeux - et dans mon inventaire - la semaine dernière.

C'est presqu'un dilemne. Le cadre est un Kona Lava Dome circa 1992 ou 1993, très approximativement. Jusque là tout va bien, d'autant plus qu'il semble en bon état, ce cadre. Là où ça se gâte, c'est qu'il est équipé en pièces Sun Tour de l'époque.





Si elles étaient neuves ou presque, ça serait déjà moins pire. On n'aurait qu'à gérer le fait que l'espacement des pignons de la cassette n'était pas le même que le standard dominant, celui de Shimano. Même un remplacement de câbles ne serait pas bien compliqué.

Mais là, il y a à peu près 75% d'usure sur la chaîne, donc si on veut que le vélo ait un avenir devant lui, il faut la remplacer, ainsi que la cassette, mais cette dernière n'est plus disponible depuis longtemps, à moins de courir après un quelconque new old stock (du matériel neuf, mais vieux, qui traîne quelque part dans un tiroir). En plus, je ne suis pas sûr que le moyeu arrière accepte autre chose qu'un système cassette Sun Tour, quoique je ne me rappelle même plus si une telle chose existait. Faudrait que je fasse des recherches, et je n'en ferai pas, j'ai plutôt envie de mettre une roue neuve.



Les leviers de vitesses Sun Tour X-Press fonctionnent à peine, et je crains que le changement de câbles ne règle pas tout. Le pneu avant n'est pas digne d'un bon vélo et le pneu arrière est plus vieux que la lune. Bref, c'est un cas lourd. Mais avant d'aller plus loin, laissez-moi ouvrir une parenthèse, ici.

Dans le but d'expliquer à ceux d'entre vous qui êtes moins familiers avec un aspect important des transmissions modernes sur les vélos. Elles sont généralement indexées. C'est-à-dire que si elles ont une cassette de 9 vitesses à l'arrière, il y aura 9 déclics dans la manette de vitesse à droite. La manette (le levier) de vitesse tire sur le câble juste assez pour correspondre à la distance qu'il y a d'un pignon à l'autre. C'est pourquoi on doit considérer la compatibilité dans le choix d'une manette de remplacement si on en a besoin d'une. Dans les différentes marques de pièces, on trouve des leviers indexés pour 6, 7, 8, 9, 10 ou 11 pignons, et des leviers gauche indexés pour 2 ou 3 plateaux.

Lorsque Sun Tour a joint le mouvement de l'indexation amorcé par Shimano autour de 1986, la compagnie a décidé de se différencier avec un espacement des pignons de la cassette autre que celui de Shimano. Ça pouvait laisser perplexe: Shimano avait déjà commencé à dominer le marché et ça aurait simplifié la vie de bien du monde de se conformer à ce standard.

Mais Sun Tour a fait autrement et a perdu des parts de marché jusqu'à donner sa démission en tant que fabriquant japonais de transmissions (entre autres choses). La compagnie a été rachetée par des intérêts taiwanais. Résultat, le consommateur voulant réparer et entretenir un vélo équipé Sun Tour a bientôt été dans l'impossibilité de procéder sans faire une des trois choses suivantes:


  1. Désindexer le vélo en mettant un ou deux leviers de vitesse non-indexé(s)
  2. Changer tous les éléments pertinents de la transmission pour passer à Shimano.
  3. Transformer son vélo en monovitesse d'une sorte ou d'une autre.
Si mon souvenir est bon, c'est seulement lors de la dernière année de l'administration japonaise que Sun Tour a finalement changé son approche pour se conformer au standard dominant de Shimano, concernant l'espacement des pignons.

Fin de la parenthèse.





Qu'est-ce que vous feriez? Moi, j'ai déjà roulé sur un de ces vélos. Ces cadres sont en acier chromoly Tange MTB à épaisseur variable (double butted). Ils sont parmi les plus agréables que j'ai essayé sur un vélo de montagne, à défaut d'être les plus légers. Si on aime les bonnes machines, on ne jette pas un tel vélo lorsque le cadre est en bon état.

Je l'ai acquis de son propriétaire qui était peu motivé à le garder sur la route, d'autant plus que c'est un petit cadre dont la taille ne lui convient pas.

J'ai donc l'intention de le restaurer. Mais ne vous y trompez pas, je n'ai pas l'intention d'en faire un vélo conforme à son époque en tous points, et encore moins de le repeindre, d'autant plus qu'elle présente bien, sa peinture.

J'ai plutôt l'intention d'en faire un vélo destiné à l'usage quoitidien, peut-être utilitaire. Sa fourche avant, rigide, est légère et contribuera à en faire un vélo pas trop lourd, donc rapide, et pas gêné de naviguer à travers les routes imparfaites de la ville, surtout à l'obscurité. Les journées raccourcissent, en ce moment.

J'ai donc prévu poser les pièces neuves suivantes:
  1. Dérailleur arrière
  2. Deux leviers de vitesses
  3. Câbles de vitesses
  4. Cassette
  5. Un des deux freins
  6. Roue arrière
  7. Deux pneus
  8. Chaîne
  9. Et probablement autre chose aussi...
Je ne le garderai pas pour moi. Il n'est pas de ma taille, et de toute façon mes trois vélos actuels me contentent bien. J'ai plutôt l'intention de le revendre, et j'imagine que le prix sera quelque part en bas de 300$. Donc non, je ne mettrai pas riche avec ça, compte tenu de tout le travail et les pièces impliqués, mais j'aurai un/e cycliste éternellement reconnaissant/e de plus à mon actif. 



Un exemple exotique d'un vélo non-indexé: il s'agit d'un vélo de tourisme suédois. Je crois me rappeler que son propriétaire m'a dit qu'il date de 1968.Il s'agit d'un vélo de marque Crescent dont les tubes du cadre sont en acier Reynolds, série 531.  Regardez-le en détail sur les quelques photos ci-dessous.




Et tant qu'à être dans le sujet, permettez-moi d'éclairer votre lanterne, si besoin est, sur l'ajustement de l'indexation du dérailleur arrière.

Il est normal que cette indexation se désajuste avec le temps et les kilomètres. Le câble s'étire et le dérailleur se déphase vers l'extérieur (dans la plupart des cas). La gaine aussi peut être en cause. Shimano recommande un changement annuel des câbles et des gaines, mais bon... faut voir le kilométrage et les conditions dans lesquelles vous roulez.


Dans les faits, le phénomène est un peu le même que lorsqu'on utilisait un vélo non-indexé, comme les vieux vélos de tourisme à 10 vitesses ou les premiers vélos de montagne. Nous devions parfois déplacer le levier de vitesses légèrement, pas pour changer de vitesses, mais seulement pour mettre en phase le dérailleur avec le pignon désiré, sinon un bruit caractéristique se faisait entendre.



Pour réajuster un dérailleur arrière indexé, on doit donc ajuster la tension du câble. On procède idéalement dans l'atelier, en utilisant le support de réparations. Un baril d'ajustement est prévu à cette fin sur presque tous les dérailleurs arrière. On le fait tourner dans un sens ou dans l'autre pour faire varier la tension. En la faisant varier, on diminue ou on augmente le bruit Attention à trois points:


  1. L'indicateur de développement (Optical Gear Display) du levier de vitesse doit confirmer le pignon utilisé: un avec un, deux avec deux, etc. Si votre indicateur est sur le chiffre neuf et que la chaîne est sur le huitième (sur neuf) pignon, vous êtes déphasé et vous devez diminuer la tension du câble jusqu'à faire neuf avec neuf.
  2. Les vis de limite, identifiées H et L, n'ont rien à voir avec l'indexation. On s'en sert uniquement pour empêcher la chaîne d'aller au-delà de son terrain de jeu normal.
  3. Les dérailleurs sont un assemblage de plusieurs pièces. Si les rivets qui font cet assemblage ne font plus bien leur travail, un bon ajustement du dérailleur ne sera pas possible. Si vous réussissez à obtenir un bon rendement dans une partie de la cassette, ce sera impossible ailleurs, et vice-versa. Ne perdez pas votre temps et mettez un dérailleur neuf. Les dérailleurs, avant ou arrière, n'aiment pas les stress subis lors de transport en auto ou en avion, ou lors de chutes ou accidents.



Comme pour les autres aspects de l'entretien du vélo, on trouve facilement sur youtube.com des vidéos expliquant les différentes étapes à suivre. Petit conseil d'ami, regardez-en plus qu'une sur chaque sujet pour compenser les lacunes éventuelles de l'une ou de l'autre. Évidemment, les compétences pédagogiques et mécaniques de ces professeurs varient. Et si vos efforts tardent à être fructueux, ne vous entêtez pas trop: souvent, un mécanicien professionnel réussira en quelques minutes ce que vous ne réussissez pas, même avec beaucoup de patience. 




Dans mon dernier message, je vous montrais le batteur Brian Blade avec Daniel Lanois, et je vous mentionnais qu'il joue dans différents contextes. Ici, on le voit à la guitare et à la voix, dans un contexte où Lanois trouverait probablement sa place facilement.

There's a voice in my head,
Says I should run away,
But I'm gonna stay.